You’re talkin’ to me ?

Bloqué dans les embout’s d’un dimanche soir sur le pittoresque périph’ parisien, je découvre une très jolie émission de France Musique et je me régale en écoutant le même morceau pendant une heure.

Oui, le même. C’est le principe tout simple, très logique, de “Repassez-moi l’standard”. Une heure avec le même morceau et toute une variété d’enregistrements, de versions, de relectures, de re-créations… Chantées, instrumentales, petites formations, grands orchestres, tout y est… Sauf la lassitude. Easy-listening, idéal pour le retour du dimanche soir, avec son blues de fin de week-end. Une animation de Laurent Valéro délicate, soft, en retrait, juste ce qu’il faut.

Bref, une émission idéale de la part du service public. Car qui, sinon une telle maison, dispose du fonds musical nécessaire, et des ressources humaines pour rechercher les perles, les recenser, les numériser au besoin pour la préparation de l’émission ? Pour toutes les autres maisons, évidemment, ce ne serait “pas rentable” ! Et là, une nouvelle fois, la richesse du service public démontre son importance dans notre culture quotidienne. Ecoutez… Ecoutez les podcasts, comparez les versions et décalaminez vous les esgourdes, comme dirait Pierre Perret, car entendre la BO d’Exodus par Tito Rodriguez et son orchestre, Booker T & the MG’s ou encore les Jazz Crusaders, c’est éduquer son oreille et les deux gamines de 10 ans qui sommeillaient à l’arrière de la voiture n’ont remarqué qu’il s’agissait du même morceau que quand j’ai attiré leur attention dessus, ce qui leur a permis d’avoir un avis sur les interprétations. Si vous ajoutez à ça tous les détails de la programmation sur la page de l’émission, vous avez vraiment la définition parfaite, à mes yeux, du service (rendu au) public.

Enfin, c’est bien fait, c’est cool, c’est intelligent, pas prise de tête. Que des compliments à faire.

Sauf que… Ben oui, hein, vous me voyiez venir… Y’a un truc qui cloche…

C’est quoi, ce titre ? A qui tu parles, toto ? C’est quoi cette phrase ? Ce jeu de mot si fin, léger, subtil, à qui parle-t-il ?

Allez, avouez, même vous, les cinquantenaires et plus, quand avez-vous dit cette phrase pour la dernière fois ? “Repassez-moi l’standard…

Bien sûr que l’image est jolie mais à qui parle-t-elle ? Quel âge faut-il pour la comprendre ? Du coup, pourquoi exclure d’entrée de jeu toute une génération (bientôt deux) de la proposition de l’émission ? On baigne dans une ambiance jazzy, désormais considérée comme une musique de vieux, et on voudrait vraiment rester entre soi qu’on ne s’y prendrait pas autrement.

Personne ne demande de tomber dans un jeunisme outrageux, nulle vulgarité, pas besoin de mots grossiers, le ton de l’émission est parfait, tranquille et la programmation absolument parfaite d’élégance. Alors ?

Alors, c’est souvent notre problème, à nous autres, gens de radio, à vouloir faire perdurer des concepts alors que le monde évolue. Comme cette “Valise” que RTL s’est obstinée à continuer alors qu’elle tombait de moins en moins souvent, montrant au quotidien que l’auditoire s’éparpille. Pourtant, s’il y a bien une radio qui a longtemps su faire du neuf avec du vieux… !

En fin de compte, on constate donc que, quelle que soit la qualité des émissions et il y en a un paquet de formidables dans le service public (d’ailleurs je ne peux que me réjouir de voir encore France Culture grimper dans le dernier sondage, voir à ce sujet bon nombre de publications ici), il y a toujours un moment où l’on attend de l’auditeur cet effort qu’il n’a pas à faire : celui d’entrer dans un univers qui n’est pas immédiatement logique, et c’est faire trop de cadeaux à la concurrence, c’est offrir un boulevard à de nouveaux supports (qui ne sont pas de vrais médias) au lieu de lui permettre de profiter de ce qu’on a peaufiné avec talent.

En attendant, vous ne direz pas que vous n’avez pas été prévenus : allez écouter cette formidable programmation, une vraie feeling good music et, au lieu de “Repassez-moi l’standard“, vous direz plutôt, comme Philippe Labro il y a 20 ans “Je veux parler au directeur“, pour le féliciter !

 

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