Le Titanic de la radio

Moi, vous me connaissez (ou pas, et ce n’est pas bien grave), je ne suis pas le mec qui va suivre aveuglément les modes, qui nage dans le sens du courant, etc… Je serais plutôt rebelle sur les bords, genre à commencer Games of Thrones depuis qu’on m’a dit que le dernier épisode craignait un peu…

Bref, passant pas mal de temps en voiture hier, j’ai fait un truc totalement ringard, le genre de truc qu’on fait de moins en moins de nos jours. Un vrai truc de gue-din ringardos, mais j’assume…

Tatatin…

J’ai écouté Europe 1 ! (1)

J’assume,… mais j’ai souffert…

Ah tiens, flûte, je viens de cramer le suspense du billet… « Vous pouvez reprendre une activité normale », comme disait la marionnette…

Pour ceux que ça intéresse, j’explique. J’ai écouté, captif, dans ma voiture, sans doute parce que, légèrement honteux de toute la pollution dont certains me tiennent pour responsable, j’ai voulu sans doute expier ma faute en souffrant une pollution auditive profonde, sorte de réflexe sans doute due à une vieille éducation catholique dont il ne me resterait que la culpabilité (mais pas la charité, la suite va le démontrer) …

Alors, j’ai écouté, d’accord. Mais pas toute la journée, non plus, y’a pas écrit Mère Théresa…

J’ai d’abord écouté entre 9 h et 10 h et la première impression que j’ai eu, c’est celle de déranger. Et vas-y que ça cause entre soi, tout le monde braille, éructe, rigole, se coupe la parole, parle en même temps, on n’y comprend rien, c’est bruyant, creux, vide, inutile. Coupure pub, pas d’habillage, t’es censé savoir qui présente. Retour pub (longtemps après) et l’animatrice (sans doute Wendy Bouchard mais jamais nommée dans le créneau où j’écoute) qui nous explique que, durant la coupure pub, « dans le studio, on s’est raconté nos expériences d’épisiotomie » (2). Super ! Et nous, on sent le pâté ? C’est toujours très subtil de nous rappeler que tous ces gens qui se marrent tellement entre eux continuent l’émission pendant qu’on se tape les messages lourdingues des annonceurs (les mêmes, en boucle toute la journée).

Là, j’avoue que j’ai un peu craqué, surtout en constatant comment les auditeurs (3) utilisés pour l’antenne sont mal gérés, plaie nécessaire pour faire croire qu’on pense à eux… Mais, comme je n’avais apparemment pas fini mon chemin de croix, je suis revenu après ma pause café-pipi sur l’aire d’autoroute et là, on n’était plus entre copains mais en famille ! Y’avait Julie (4) qui faisait la bise en direct à tout le monde. Ça a dû gonfler le réal, d’ailleurs, parce qu’il s’est rappelé qu’il avait un habillage et nous a mixé tout ça avec des moufles pour nous re-balancer ensuite toujours le même écran de pub, dans le même ordre (y’a plus beaucoup d’annonceurs à Europe, mais on les traite bien, hein !).

Retour de pub et là, on est à nouveau dans l’entre-soi : tout le monde se connait, se tutoie, se congratule, se jure un amour éternel, Julie avec Lelouch, Lelouch avec Barbelivien (Barbelivien… !), tous tellement contents d’être ensemble.

Entre eux.

Bon, après, j’ai eu une vraie vie (réunion, déjeuner, café, l’addition merci) et j’ai repris la voiture dans l’autre sens. Et j’ai écouté Karl Zéro !

Et là, comment vous dire… ? Vous m’autorisez à faire du copier/coller ? Nan, parce que Karl recevait Guy Carlier, avec qui il est très pote, et Jean-Michel Cohen, avec qui Guy Carlier est très pote, pour faire des petits jeux à la con. Des jeux qui seraient sans doute amusants s’il n’y avait pas Burger Quiz pour démontrer que les auteurs ne sont pas à la hauteur (non, moi non plus, c’est voulu).

Du coup, tout le monde rigole comme quand on fait un jeu de société entre copains après un apéro un peu forcé, ça braille, ça braie, l’habillage en rajoute dans le bruyant, stressant, et on esquisse un petit sourire de temps en temps quand Karl lève les yeux de son texte et tente un petit jeu de mot improvisé. Sans oublier les multiples private jokes qui finissent de pousser l’auditeur de l’autre côté du poste, le plus loin possible.

J’ai lu récemment que cette radio n’avait plus de directeur des programmes et qu’en l’absence du DG, on avait dû nommer une directrice générale par intérim. Cette personne, que je ne connais pas et dont je n’ai aucune raison de mettre en doute les qualités, serait sans doute plus utile en recherchant de nouveaux annonceurs pour éviter que la manne continue à se tarir et que la répétition des mêmes spots de trop peu de clients ne plombe encore plus l’antenne. Démultiplier ses fonctions n’est sans doute pas la meilleure façon de lui permettre de s’adonner pleinement à cette tâche.

Dans le même temps, avant de se lancer dans de grandes stratégies fumeuses et éclater encore une Nième fois une grille sans queue ni tête au moment où on pense évidemment la rentrée prochaine, l’antenne a besoin d’être maîtrisée, offerte aux auditeurs, pensée en dehors de ce parisianisme que le déménagement n’a fait qu’amplifier (la proximité de Boulogne/Isssy-les-Moul’ ? Ce sentiment d’appartenance à la caste supérieure des gens de média dès lors que l’on bosse dans ce nouveau Triangle d’Or de l’Audiovisuel ?).

Juste payer quelqu’un non pour diriger l’antenne mais pour l’écouter, l’auditer et en resserrer les boulons, non pas dire encore une fois « faut tout casser » sans savoir quoi faire d’autre mais, enfin  « réparons l’existant ».

Quelle tristesse de voir une telle marque oublier à ce point ses fondamentaux ! Lelouch, Barbelivien (Barbelivien… !), Carlier, Cohen, ont tous passé un super moment, à Europe ce mercredi. Super ! Mais qu’est-ce qu’on s’en fout ! Les mecs sont venus faire leur promo ! Vendre un film, un bouquin ! Qu’ils soient contents, c’est la moindre des choses !

Mais notre vrai complice, notre ami quotidien, celui qu’on veut retrouver tous les jours, de manière désintéressée, c’est notre auditeur, celui auquel on ne fait pas la bise, celui qu’on vouvoie quand il déboule enfin au téléphone, alors qu’on se tutoie tous dans le studio !

J’enfonce des portes ouvertes, n’est-ce pas ?
Oui, celles-là même par lesquelles les auditeurs se pressent pour se sauver.

J’allais oublier : j’ai aussi écouté à deux moments différents l’émission de Mathieu Bélliard. Alors, là aussi, c’est gênant. D’abord, c’est quoi ce pré-lancement à 58 ? On n’a rien à dire mais on prend 2 mn pour le faire. Elle est si nulle, l’émission de Zéro ? Pourquoi on pique 2 mn à une émission d’une heure pour les ajouter à une de 3 heures qu’on n’arrive pas à remplir ? 2 mn pendant lesquelles on nous explique que Machin est déjà là (pas plus mal) et que Bidule vient d’entrer dans le studio (ouais, y’a d’la vie !). Plus tard, Mathieu Bélliard demandera aux gens présents dans le studio (tellement nombreux qu’on ne sait plus qui est journaliste, meneuse de jeu, etc…) s’ils ont déjà « prévu quelque chose pour les vacances » ? WTF ? Et réponses gênées autour de la table, on sent bien qu’on va faire des économies cet été parce que la rentrée est incertaine… et qu’il n’y aura peut-être pas de canots de sauvetage pour tout le monde.

Bon je sais qu’on a dû rallonger l’émission parce qu’une animatrice (talentueuse mais) mal gérée « a[vait] piscine » mais ensuite, si on arrivait à la remplir, cette foutue tranche de 3 heures, on ne rediffuserait pas les mêmes chroniques à l’intérieur de la même émission. Et l’anchorman qui fait semblant de découvrir et de rigoler sur des trucs de remplissage, au deuxième passage, ben c’est juste gênant, en fait. Bref, comme prévu, une tranche d’info de deux heures sur une plage de 3 heures, ben y’a pas assez à manger !

Et, quand on écoute tout ça, toujours cet entre-soi, cette impression que tout le monde se fout de ce que ça donnera de l’autre côté du poste. Et cette certitude que personne ne tient le cap pendant que l’armateur répète que le trou dans la coque n’est pas bien grave puisque le vaisseau est insubmersible (oui, c’est là que je voulais en arriver avec mon titre si subtil).

Plusieurs grands anciens de cette maison se désolent plus ou moins publiquement en entendant ce que devient une antenne qu’ils ont aimée si fort. Certains disent même « je ne sais pas ce qu’il faudrait faire pour sauver Europe« . J’ai un début de réponse : l’écouter. Repenser aux fondamentaux et à la mécanique d’antenne. Et, quelle que soit l’émission mise à l’antenne, recommencer à penser aux auditeurs.

Ouaip, chuis comme ça, moi. J’ai des idées de ouf.

 

(1) Oh l’autre eh, c’est périmé, comme idée !
(2) Evitez de montrer les cicatrices : la radio est filmée, maintenant…
(3) Les quoi ? Au-di-teurs, cherche ami, avant à Europe, on les choyait.
(4) On la paye au black depuis toutes ces années pour qu’elle ne puisse toujours pas faire valoir ses droits à la retraite ?)

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