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Le bénévolat, c’est pas rentable.

Depuis 30 ans, des dizaines de bénévoles se relaient auprès des enfants hospitalisés à l’hôpital Armand Trousseau de Paris. Le but est de leur permettre de se changer les idées, de jouer, de rire, car cela fait aussi partie de la guérison.

Parmi ses différentes activités, l’Association des Amis de Trousseau, a organisé une radio, pionnière en France : Radio-Trousseau. Cette petite radio a son studio dans l’hôpital et, quotidiennement, depuis 1994, des bénévoles, ados, encadrés par des adultes, viennent animer des émissions pour et avec les enfants hospitalisés. Tout ça est diffusé sur un canal interne de la télé, par le biais des postes offerts dans les chambres par l’association. Pour ma part, c’est à la lecture d’un article d’Anne-Marie Gustave dans Télérama que j’ai décidé de les rejoindre. Je venais d’être lourdé d’Europe 2 par un caribou qui sévissait alors dans les radios françaises et je n’avais pas encore rebondi à Chérie FM. Le projet de Radio-Trousseau était bancal, le studio bricolé par des prétendus pros qui ont depuis disparu du métier (sans nos sous, heureusement) mais l’idée était fameuse. Et j’ai amené du monde, des amis, des collègues, des gens du métier, qui ont pris du temps, beaucoup, pour encadrer ces dizaines de jeunes, lycéens, étudiants qui, plusieurs fois par semaine, sont venus animer des émissions avec les enfants hospitalisés.

Moi, je réalisais leurs émissions, je les formais à la technique, je leur donnais des trucs pour s’amuser au micro avec les enfants et je jouais au responsable technique (moi qui défaille devant un fer à souder, c’est comique !), webmaster, livreur, déménageur, etc…

En l’absence du direct, nous avons bricolé un programme automatisé puis Baptiste, qui l’avait créé, nous a offert Easyradio. C’est Hervé Langlois, pâtissier fan de radio, papa de 3 petites filles, qui s’occupait bénévolement et avec beaucoup de talent de la programmation, après l’avoir fait à Radio Ambroise Paré (que j’avais largement contribué à créer). Finalement, j’ai croisé la route de Radionomy au Radio et nous avons créé Réglisse, webradio pour petits enfants, qui émettait sur le net et était notamment repris sur canal interne de Radio-Trousseau et que les enfants pouvaient retrouver chez eux, parfois entre deux hospitalisations. Hervé, quant à lui, pouvait rester à la maison pour programmer tout en s’occupant de ses filles, et d’autres radios d’hôpitaux pouvaient se greffer aussi sur le flux, comme à Bordeaux.

Brusquement, Radionomy a changé unilatéralement sa règle du jeu et décidé que nos radios devaient répondre à un minimum d’audience, calculée d’une manière assez obscure via les IP, refusant dans le cas précis de considérer qu’une IP représentait tous les postes de télé de l’hôpital banchés sur le canal interne de la radio. Et, de ce point de vue, Réglisse n’était pas « rentable ».

Comme d’autres sociétés « citoyennes », Radionomy aurait pu choisir de participer à notre travail, comme l’ont fait AXA, en nous aidant à acheter du matériel, RTL, en nous offrant des disques, Broadcast Associés, en nous fabricant un magnifique studio « broadcast » à des tarifs particulièrement adaptés, etc… Même la Sacem soutenait ce projet depuis la création en 1994.

Mais non, Réglisse n’était pas « rentable » et, malgré mon appel au civisme, à la solidarité, Radionomy a coupé le flux. C’est vrai, d’ailleurs, les enfants malades, ça n’est pas rentable, bande de petits cons, vous savez combien vous coûtez à la société? Les enfants hospitalisés l’été, loin de leurs parents, ça n’a pas d’intérêt économique quand on a un loyer à payer rue de la Paix.

Le silence, grâce à Alexcandre Saboundjian et son équipe de choc, est donc de retour et ce, début juillet, au moment où les bénévoles sont moins nombreux, moins présents auprès des enfants.

Ce n’est pas un drame. Mais ce n’est pas joli joli non plus. Juste assez représentatif de l’époque. J’avais déjà connu un fameux animateur de télé, une (momentanée) directrice des programmes de télé, voire une éphémère chroniqueuse d’une grosse radio, qui ont tenté de s’approprier le projet après y avoir mis 3 fois les pieds (souvent suivis de caméras et autres paparazzi officiels)… Non, pas très appétissant, c’est sûr. Mais avec le temps, on en rigole. On ne m’avait pas encore fait le coup (plus honnête, au demeurant !) du pas rentable… (*)

En attendant, malgré le temps « perdu » pour aider les enfants de l’hôpital, mes amis de Broadcast Associés n’ont pas déposé leur bilan et leurs affaires vont bien. Celles de Radionomy,… on verra bien.

Comme je suis plutôt positif de nature (malgré ce que certains appellent, avec beaucoup de mauvais esprit, mon mauvais caractère), je sais que je retiendrai au bout du compte de l’aventure de Radio-Trousseau qui perdure, l’abnégation de tas de gens, la découverte émerveillée du bénévolat par des dizaines d’ados formidables et des tas de moments merveilleux avec les enfants, pas les petits soucis mesquins.

C’est ce qui compte !

 

(*) Pour ma part, toutes ces années, je n’ai accepté que 4 interviewes. La première sur le Mouv’ parce que Marc Garcia avait insisté (et que celui qui savait lui refuser quelque chose…), les autres, sur Le Monde 2 et RFI, en ne laissant mentionner que mon prénom. Et il y a eu un rapide passage dans « Les Grosses Têtes », mais là, je faisais partie de la maison.

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