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France Inter, fidèle à elle-même

logoIl y a déjà bien longtemps (trop!) que je n’étais pas venu baver ici un peu sur mes collègues, brisant comme d’habitude toute chance de travailler un peu sur la radio-phare du service public.

M’ennuyant l’autre après-midi en voiture car le doc du jour sur Culture ne m’emballait pas (ça arrive, c’est normal), je suis allé, par curiosité, plonger une nouvelle fois dans la machine à remonter le temps qu’est cette drôle d’émission présentée par une jeune dame hilarante (du moins en est-elle persuadée) affublée de ces noms imprononçables qu’ont certains Belges (ou issu de, surtout quand ils ont l’outrecuidance de prendre Contact avec nous pour faire de la radio en France, private joke sans importance, suivez mon regard…).

Charline Vanhoenacker (j’ai fait un copier/coller depuis le site de France Inter pour éviter d’oublier des voyelles) donc, présente son émission avec un style d’un charlinemodernisme qui rappelle les débuts de l’Oreille en Coin (oui oui, je sais, mais imaginez l’Oreille en Coin en 2015, sans la patine du temps, le romantisme du souvenir, tout ça…) et ce faux sourire faussement retenu (oui je sais, c’est exprès, pour que la subtilité du propos soit plus subtile), genre je-me-trouve-trop-marrant-mais-je-me-retiens-de-rire-parce que-je-suis-trop-pro, qui rappelle les grandes heures de Jacques Martin à l’Empire (et Jacques Martin, c’est comme Napoléon: l’Empire, ce n’est pas la meilleure période!)(1).

Donc Charline (on dit qu’on l’appelle comme ça, hein?) est drôle et fait une émission drôle avec des gens drôles. Pourquoi c’est drôle ? Ben parce qu’on vous le dit, parce qu’il y a en permanence ce ton snob qui consiste à dire « tu comprends pas tout parce que c’est aussi du second degré voire plus mais on est vachement marrants pis insolents (d’ailleurs la patronne a dit qu’elle voulait qu’on ait des procès) et on se marre encore beaucoup plus dans le studio d’ailleurs t’as entendu même l’invité il rigole à nos blagues internes auxquelles tu comprends rien mais t’es le bienvenu quand même tout ça… ».

emission_titre2_34On passera sur l’insolence supposée du titre, insolence qui m’aurait peut-être amusé avant 2012. Si Charline avait appelé son émission « Moi animatrice », ça m’aurait bluffé. Et là, Mme Bloch, peut-être que vous l’auriez eu votre procès… ! (encore que…) Mais là, ce coup de sarbacane sur une ambulance, c’est peu glorieux… Mais surtout, ce qui est carrément pitoyable, en dehors de cet entre-soi qui reste la marque de fabrique des producteurs de France Inter, c’est cette recherche du truc qui pourrait faire plaisir à la taulière.

Et c’est ainsi que, ce lundi 12 janvier 2015, nous avons eu droit à un grand moment de drôlerie façon « Si tu écoutes… ».

Les Ondes
Les Ondes : le bar où tu dois te montrer si tu travailles/voudrais travailler/fais semblant de travailler à France Inter

Figurez-vous qu’on a osé pousser l’insolence jusqu’à faire une parodie de Plus Belle la Vie ! Après la fine remarque du chroniqueur mondain – au ton tellement 16ème (arrondissement, je précise) qu’on n’est sensé penser que c’est volontairement exagéré – : « Charline, vous regardez ça tous les jours », suivie de la réponse « Ben oui vous pensez ! » sur le ton Jacques Martin pré-cité, on est parti dans une scène admirablement interprétée avec accent marseillais façon Patrick Bosso dans son célèbre sketch Poingnesse, scène qu’on sent écrite à la va-vite sur un coin de table aux Ondes, évidemment creuse et sans chute. Mais ce qui était drôle (du moins c’est ce que j’ai cru comprendre) c’était le simple fait de brocarder (oui, c’est ringard comme terme, mais je suis dans le thème, comme ça) une émission qui ne peut plaire qu’aux beaufs, c’est clair. Toujours ce mystère insondable pour certains maison-rondiens : Y’a-t-il une vie de l’autre côté du périph ?

Je ne me suis pas particulièrement senti agressé par cette mise en boite, parce que moi, Plus Belle la Vie, je ne regarde pas. Donc, je ne connais pas. Je ne sais pas si c’est vivant et sympa ou creux et stupide. En fait, Plus Belle la Vie, je m’en fous. Je vois seulement que ça marche depuis longtemps et je comprends que ça fait de l’audience. Et déjà, ça, c’est respectable, parce que ce n’est pas donné à tout le monde (2). Eux, ils avaient l’air d’avoir un avis sur la question. Alors, outre le fait qu’on peut se demander s’il n’aurait pas été stratégiquement plus fin de choisir un produit qui ne vient pas d’un autre media de service public, force est de constater (offrons-nous un petit cliché journalistique, ça ne mange pas de pain) qu’il faut bien qu’ils le regardent, eux, ce truc qu’ils semblent mépriser ! Enfin, est-on vraiment sûr qu’aucun auditeur de France Inter ne regarde Plus Belle la Vie ? Même en cachette de Charline ? Va savoir si certains auditeurs de France Inter ne planquent pas leur collection de Plus Belle la Vie au fond du garage, sous la pile de DVD pornos ? Et ceux-là, doit-on, comme disait Zitrone, « les rayer de la liste de [leurs] auditeurs « ?

Bref, qu’on ne nous dise pas que l’intégration ne marche pas en France quand on voit avec quelle rapidité une jeune (et sans doute charmante) Belge a réussi à s’intégrer dans le 16ème arrondissement parisien et à s’emparer de ses codes pour pouvoir, sans déparer, devenir une des animatrices de sa radio locale.

Et dire que, pendant ce temps-là, il y a de plus en plus de gens qui ne savent pas qui était Daniel Mermet, ou Radiolo, ou l’auteur de ces lignes… Et qui s’en foutent !

Ça rassure, non ?

Vive la Radio !

Sur ce, je vous laisse : 7 Milliards de voisins va débuter sur RFI, et c’est Anastasie Tudieshe qui s’y colle ! Donc ça va être très bien.

(Pff, toutes ces filles avec des noms impossibles à écrire...)

(1) J’aime bien, celle-là. D’ailleurs, elle marche aussi dans l’autre sens, j’ai testé.

(2) On vient d’apprendre que Si Tu écoutes marche mieux que Hanouna. Mais moins bien que Ruquier. Dont acte.

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