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Déplaçons le débat

C’est vachement mieux que Dallas, le feuilleton sanglant dont on nous menace d’un retour prochain (sponsorisé par les couches Confiance ou Vivolta, on ne sait pas encore…). Avec tous les rebondissements qui vont bien, les coups fourrés, les traitres, les profiteurs, les malhonnêtes, les amateurs de combinazione qui se prennent le retour de baton en pleine tronche, etc…

Ce feuilleton, c’est bien sûr celui de la RNT, saga palpitante mais qui, arrivée à la saison 3, commence, il faut bien l’admettre, à lasser. Alors, on continue à le suivre, un peu comme les dernières saisons d’Urgence, tout en sachant qu’on va nous refaire les mêmes coups scénaristiques, même si les protagonistes vont de temps à autres changer de camp et certains traitres au teint fielleux défendre avec la même énergie les thèses contraires à celles qu’ils défendaient dans la saison précédente.

Et plus le temps passe, plus on se rebalance les mêmes arguments, plus on les échange (rappelez-vous quand même : le Gouvernement qui taclait le CSA qui roupillait sur le dossier. Quand le CSA se bouge un peu – entre la sieste post-prandiale et l’apéro -, c’est le gouvernement qui décide de ne pas y aller en n’y mettant pas les radios publiques ! Hein ? On se fout de notre… ? allons !)… Bref, plus tout ne bouge pas, plus rien n’avance, et si on continue à si peu avancer, on va finir par reculer !

Bon.

Maintenant, si on déplaçait un tout petit peu le curseur du débat (1) et qu’on se posait la question suivante :

Est-ce que si le débat est si stérile, ce ne serait pas, par hasard, parce qu’il est mal posé ?

(petit temps de réflexion…)

Que veux dire-je ?

Que, peut-être, le problème n’est pas tant celui du tuyau que de son contenu et de son évolution.

S’il y a bien deux points sur lesquels on est tous tombé d’accord, quelle que soit notre chapelle, c’est :

1. le fait que l’auditeur se tamponne grave de la numérisation de la radio

2. qu’il va grave rechigner, ce radin, à renouveler son matos.

Pourquoi, au fait ?

Parce que qu’est-ce que ça lui apporte d’écouter Nosta, RFM, Sud Radio et France Info en numérique ?

RFM nous fait l’Europe 2 des fin 80’s/début 90’s. Nosta… euh, aussi, maintenant. Chérie nous refait la Chérie des 90’s. Marc Leval anime un jeu à côté duquel Les Jeux de 20 Heures auraient l’air moderne… Radio-Classique, après avoir eu l’excellente idée de nous offrir un inoxydable Christian Morin dans un nouvel exercice nous ressort Alain Duault. Bref… : Quel besoin d’un tuyau numérique pour réécouter la radio du 20è siècle ?

De leur côté, Europe et RTL courent après leurs « fondamentaux » (lire : les trucs qui ont marché quand ça marchait) et – ça c’est moderne – jouent à fond la carte du podcast. Tout comme France Culture qui trouve à combiner sa mission de service public et une exigence de qualité en proposant de réécouter pendant 1000 jours les conférences de Michel Onfray, par exemple.

Et puis, de l’autre côté, avec mes camarades Hervé Riou et Sebb Troquier (mais loin loin loin derrière, en ce qui me concerne), on fabrique de beaux robinets à musique, avec de belles niches (non, ne cherchez pas, il n’y a pas de contrepèterie, dommage) et de beaux modules (ah ben si, finalement…). Nous peaufinons nos règles de multidiffusion, etc… Et si on avait des fréquences FM derrière nos produits, on serait les rois du pétrole. Enfin, je veux le croire.

Mais là non plus, l’auditeur ne verrait toujours pas l’intérêt de renouveler son matos. Surtout qu’il vient encore de se faire avoir par feu Steve Jobs (dont la secte lui survivra mieux que celle de Moon) et d’acheter le nouvel Iphone qui-est-mieux-que-l’ancien-mais-moins-bien-que-le-prochain. Bon, on va encore essayer de lui expliquer, à l’auditeur, qu’entre Itune et TuneIn, pour ne prendre que ces deux-là, il peut nous écouter au petit poil, en qualité numérique, mais j’ai un doute sur la capacité de Marinette du Doubs à gambiller le samedi soir en branchant HotmixRadio sur son Nokia de 2001.

Sérieusement, en dehors des choix économiques plus ou moins désintéressés que certains voudraient pousser le gouvernement à faire, en dehors des questions de norme, y compris en posant le problème de l’universalité de ces choix, si on se demandait quelle doit être la radio de demain ? Et donc, quel sera l’outil nécessaire pour la réussir le mieux.

<mode vieux con:on>

Je me souviens que lorsque NRJ Groupe a déménagé dans les locaux de la rue Boileau, les techniciens qui montaient les nouveaux studios de Chérie nous ont demandé, à nous utilisateurs quotidiens, de venir tester la configuration de console qu’il installaient. Le but était que l’outil soit le plus adapté possible au programme à produire. Ca s’appelle du bon sens, de la logique, etc…

<mode vieux con : off... enfin j'espère>

Ayons la même démarche. Par exemple : si Europe 1 fait une grosse partie de son CA en podcast, pourquoi celui-ci devrait-il être réservé à un support non-dédié ? (le net) Bref, a-t-on pensé à une norme hertzienne permettant non seulement de recevoir du flux mais aussi des données ? Oui ! Pour mettre les pochettes. Merde.

Et si, quand j’écoute la passionnante émission de Philippe Cassard sur France Musique, je pouvais, dans le même temps, recevoir, sur le même appareil, les émissions des semaines précédentes que je n’ai pas pu écouter parce que quelqu’un avait eu le mauvais goût de me filer du boulot ? Je veux bien, là aussi sans avoir à sortir mon PC commander l’album dont il me parle avant fougue, au choix en CD ou en téléchargement légal.

Idem pour les Grosses Têtes, l’intégrale de Sur les Docks, la chronique d’Anne Roumanoff (c’est une hypothèse d’école) ou le Duo des… Non, quand même pas. La plupart des webradios, les musicales streamées, nous proposent d’acheter en cliquant sur la pochette le disque qui passe. Pourquoi ne pas développer la même chose pour nos annonceurs ? L’acte d’achat est illogique et réactif ? Que ne puis-je cliquer sur mon autoradio quand deux anciens asiprants comiques

Autre exemple, presque aussi fameux : l’audience stream de la (pourtant foutrement bien faite) Radio Parisienne ne me satisfait pas. Par contre, les podcasts font des scores honorables. Alors, certes il faut que je revoie ma programmation musicale, mais il faut aussi que j’arrive à positionner mon produit différemment, en m’appuyant malheureusement sur la technologie web qui reste encore majoritairement non nomade, ce qui va à l’opposé de l’ADN de la radio depuis l’avènement du transistor dans les années 60. Si vous pouviez écouter dans la bagnole uniquement la chronique de Jean-Philippe Guerand avant d’arriver au ciné ou celle de Bruno Scagliotti sur la rue où vous êtes justement bloqué par un livreur, ce serait beaucoup plus souple et, dans la logique de l’époque, sur une logique client et non une logique serveur. Mais ça, pour être efficace et apporter une vraie bonne raison à l’auditeur de nous suivre sur une nouvelle technologie, il faut que ça soit hertzien, donc nomade, et gratuit, comme le fait remarquer justement le SIRTI.

Il y a une vraie démarche dialectique à penser entre le support et le développement de la construction des programmes à venir. Mais ça suppose d’admettre qu’on est arrivé – pas en train d’arriver, mais bien : arrivé – au bout d’un système qui va s’émietter de lui-même tranquillement si on n’y prend pas garde.

En fait, à mon sens, on y est arrivé, à ce bout, grâce à (ou à cause de, je ne sais pas) Sweet FM.

Je fais partie de ceux qui admirent sans fausse pudeur le formidable travail de Wilfrid Tocqueville qui a su inventer le format qui convenait là où il fallait, au moment adéquat. Wilfrid qui assume sans complexe ses tranches en VT et qui fait de l’hyper-proximité, qui utilise tout ce que la technqiue actuelle nous permet non pour baisser sa masse salariale mais faire plus avec ce qu’il a et, en même temps, se crée une vraie légitimité sur le terrain (2). Un exemple pour beaucoup de radios locales, qu’elles soient commerciales ou associatives.

Car, là encore, nous sommes tous complices de l’état actuel de la radio française et nous sommes tous comptables de ce que nous allons laisser derrière nous. Trop facile de laisser à des énarques et des chefs de cabinet, dont nous tombons d’accord pour dire qu’ils n’y entendent rien et s’en foutent totalement de surcroit, l’entière responsabilité de ce qui arrivera demain.

D’autant que les créateurs de contenus sont désormais, par la force des choses, devenus aussi des businessmen, tentant d’accorder la réalité économique à leurs envies créatrices. J’en veux pour exemple un Jean-François Latour, naguère saltimbanque microteur comme vous et moi, désormais bardé de diplômes qui lui permettent de tenir la dragée haute à des crânes d’oeuf marketés qui n’ont pas son background !

Puisque je suis dans la partie cirage de pompes de ce billet, je voudrais signaler au passage – ce qui n’aura d’ailleurs échappé à personne – que la réussite de RMC et de tout le groupe qui va autour s’appuie justement sur l’action de dirigeants qui ont pensé leur programme en fonction de l’offre existante alors (3). Par contre, quand je lis qu’un groupe de radio dynamique, au demeurant dirigé par des gens honorables (4) rachète MFM, la radio en trop du PAF, je me demande pour quoi faire. Encore une radio musicale ? Encore les raisonnements du siècle dernier ? Bref, ceci pour illustrer mon propos et montrer à quel point je suis d’accord avec moi-même.

Mes expériences de formation dans des radios associatives où la situation est parfois plus que compliquée (quand il y a un seul salarié, par exemple, c’est plus tendu qu’un string dans un clip de rap !) comme une expérience déjà plus ancienne dans les radios publiques d’outremer mais donc les priorités (territoriale et éditoriale, notamment) se recoupent m’amènent à appeler de mes voeux une consultation plus large que celles lancées par les pouvoirs publics où une profession entière tenterait de réfléchir à son avenir et, donc, à des possibilités de renouvellement et de développement, d’autant mieux venues à une époque de concentration et de disparition d’opérateurs. Cette discussion devrait aborder l’ensemble des sujets, y compris ceux qui fâchent comme la programmation des radios musicales françaises comparée à celle des pays limitrophes, style Couleur 3 (5), les expériences d’ailleurs (en y incluant Freedom et RCI qui ont toutes deux, à mon sens, le syndrôme Sweet FM) et les enseignants de radio. J’aimerais entendre Sylvio Marchione et Jacky Gallois nous parler des étudiants qu’ils aimeraient former dans un monde parfait, si leur but – louable et d’une logique économique sans faille ! – n’était pas prioritairement d’adapter l’offre (de jeunes pros) à la demande (des directeurs d’antenne).

Un futur sujet pour le Radio!, Philippe ?

Bon, maintenant, la question est posée et, évidemment, ces lignes ne prétendaient ni répondre à la question, ni même être à l’origine du débat, plutôt y apporter ma petite pierre. Et, en passant, j’espère que Wilfrid va venir me dire que non non pas du tout, Sweet FM n’est pas au bout du système et va continuer à nous épater !

 

 

 

(1) J’ai rajouté « curseur » parce que c’est dans l’air du temps. Mais ça n’ajoute rien d’autre à la phrase.

(2) En mettant une claque sur le territoire à RTL, ça n’apporte rien au débat mais ça me fait plaisir.

(3) On était en pleine réflexion autour de l’AM et RMC aurait très bien fonctionné sur les ondes moyennes, mais c’est un autre débat, ne m’y poussez pas, vous allez me mettre de mauvais humeur !

(4) C’est pénible d’avoir des amis de tous les côtés, des fois…

(5) Sujets qui fâchent, j’avais prévenu !

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