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Bientôt le Vingtième Siècle, soyons prêt !

Oui, j’admets : ce titre ressemble au statut d’un des fameux comptes Facebook de mauvais camarades qui parodient certains de mes confrères. Pourtant…

Dans la deuxième moitié des années 90, j’ai profité d’une des nombreuses périodes de ma carrière où mes envies ne coïncidaient que modérément avec celles des directeurs des programmes, pour refaire les peintures d’une ou deux pièces de ma maison de campagne (celle que j’avais acheté quand un autre directeur des programmes, nourri de culture américaine, avait cru pouvoir me débarquer du jour au lendemain parce que ma binette ne lui revenait pas, ce qui se comprend, mais a un prix, tout de même).

Et, durant ces moments de labeur solitaire, j’écoutais la radio. Oui, heureusement, quand même. Et je me souviens que, quand j’écoutais les émissions d’Inter, j’étais capable de déterminer à quel moment l’animateur/producteur lisait (ou faisait semblant d’improviser, avec des hésitations bidons et des phrases bien trop longues pour être improvisées, même par un ancien journaliste de Libé) et quand allait tomber la fameuse « pause musicale ».

Et cette notion, qui continue à m’horripiler 15 ans après que je lui aie consacré quasi un chapitre entier dans un ouvrage sur la radio qui continue de faire autorité dans les milieux autorisés (1), fait encore aujourd’hui des ravages dans les programmes de la radiodiffusion nationale.

Ainsi, écoutant pour une fois Inter cet après-midi, j’écoute une émission passionnante (2). Qu’il soit précisé que je considère comme passionnante toute émission qui m’intéresse en me parlant d’un sujet dont je me contrefiche a priori avec la dernière énergie. Ca m’arrive régulièrement et c’est toujours un ravissement. Et là, il s’agit de… chamans. Or, les chamans, moi, comment dire en restant poli à quel point je m’en cogne tout ce que vous voulez…

Or, l’émission, point trop centrée sur le sujet, me raconte un peuple, me fait découvrir une culture, m’enchante, me passionne. Mais, à rythme régulier, voilà-t-il pas que, comme dans les années 90 (mais aussi comme dans les années 70), on m’inflige l’antique « pause musicale ». Bien sûr, l’animateur (que je ne connaissais pas jusqu’ici mais que j’ai eu grand plaisir à découvrir) n’emploie pas le terme et s’essaye même à quelques coming next (comme s’il sentait, lui aussi, combien l’exercice est inutile, ringard et contre productif… zut, je grille un peu mon propos, là, non?) mais le résultat est le même et, à chaque fois, la discussion, qui me passionne l’ai-je dit ?, retombe et il faut tout relancer ensuite, à moins que la programmation ne m’ait fait zapper.

Car c’est là le deuxième effet qui s’coule… par-dessus le premier : c’est qu’un programmateur nourri à l’intelligence profonde du service public métropolitain du 16ème arrondissement s’est échiné à faire preuve de son talent et son érudition en faisant de l’illustration musicale, c’est-à-dire en diffusant des chansons qui doivent plus ou prou être en rapport avec le sujet traité. Et là, évidemment, comme dirait le poète : c’est le drame.

Car si j’ai grand plaisir à retomber sur le Lindbergh de Robert Charlebois (et non Charleroi comme désannoncé à 45’43 mais c’est évidemment un lapsus) quand j’écoute Paname, la nouvelle radio de la RNT parisienne joliment programmée par Nova, là, comment dire en restant poli : ça me gonfle, en fait. L’invité est passionnant (encore une fois), l’interview est bien menée… Qu’est-ce qu’on vient casser tout ça avec une « pause musicale » ???

A ce sujet, je rappelle la théorie développée par mes soins dans l’impérissable ouvrage cité plus haut et paru en 2002 (déjà, pfff, ça nous rajeunit pas tout ça…) à savoir que cette pause musicale qui pourrait permettre à l’animateur débutant sur une radio locale de faire le point, de préparer un peu la suite de son interview, est, sur Inter, la marque de la supériorité intellectuelle de la chaîne et du besoin de l’auditeur moyen de laisser refroidir son cerveau de peur d’une explosion de matière grise devant tant d’intelligence déversée… sans pause !

Donc, au bout du compte, une question me taraude : est-ce que, à France Inter, il y a quelqu’un qui réfléchit la mécanique des programmes en fonction de l’évolution des mœurs ? (3) Est-ce qu’on sait que les habitudes d’écoute évoluent et qu’on a, depuis une bonne trentaine d’années quand même, pris l’habitude d’écouter certaines radios pour la musique, d’autres pour le contenu ? Il me semble que, sur ce plan, du moins sur le territoire métropolitain, le choix est suffisant et qu’il serait temps d’évoluer… et de se décider à passer au XXIème siècle avant l’arrivée du suivant!

 

(1) http://www.dixit.fr/boutique-detail-livre-animer-une-radio-par-jounin-et-sauvage-75-0-0.html

(2) Le temps d’un bivouac, par Daniel Fiévet, https://www.franceinter.fr/emissions/le-temps-d-un-bivouac/le-temps-d-un-bivouac-15-aout-2017-0

(3) En posant la question, je réalise que je connais la réponse car, depuis peu, une personne de qualité a été nommée à un poste qui devrait englober cette responsabilité. Donc, profite de tes vacances parce que t’as du taf, mon gars Bruno

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