En 1994, à l’hôpital pédiatrique parisien Armand Trousseau, un chef de service, chirurgien viscéral décide d’installer dans son service une radio, appelée Radio-Trousseau, dont l’objet est de permettre aux enfants hospitalisés de rester en contact avec l’extérieur. Très rapidement, ce sont des bandes d’ados du 12ème arrondissement qui viennent, d’abord à l’heure du déjeuner puis en fin de journée et le week-end, animer des émissions avec et pour les enfants hospitalisés.

Un article d’Anne-Marie Gustave dans Télérama m’apprend l’existence de cette radio. Interrogée sur le sujet, Anne-Marie me confirme qu’ils ont besoin d’aide et met en contact avec l’Association des Amis de l’Hôpital Trousseau, qui porte le projet depuis quelques mois déjà. Pour ma part, venant d’être lourdé d‘Europe 2 par un fossoyeur venu du froid, j’ai du temps, avant de rebondir quelques mois plus tard à Chérie FM et je prends l’habitude de venir réaliser les émissions des jeunes, avant de les former pour réaliser eux-même.

Je n’ai pas cessé depuis d’accompagner ce projet, réinstallant le studio au hasard des déménagements, négociant avec les fournisseurs et j’ai contribué à l’installation d’autres studios, dont certains ont eu une belle existence, tandis que d’autres sont tombés dans les mains de gens moins fréquentables (et ont fini par disparaître, malheureusement, ce genre de projets s’accommodant mal des ego mal placés et des luttes de pouvoir). Les expériences avec les ados, puis avec des enfants souffrant de pathologies mentales, enfin des ados handicapés mentaux, ont été autant d’enrichissements personnels, sans compter les belles rencontres (comme mon ami Hervé, pâtissier de son état, et actuel programmateur de Radio-Trousseau dont la partie purement musicale s’écoute sur Réglisse-Radio) ou les confirmations que, dans ce métier aussi, on trouve des gens qui ont du temps pour le bénévolat (qui s’imagine que tel « Queer » fameux de TF1 a passé du temps à réaliser les émissions de nos ados pour les enfants ? Et je ne veux pas oublier la belle aide que nous ont apportée mes amis Fabrice et Sylvain de Broadcast Associés), sans oublier tous ces jeunes passés dans notre studio pendant plus de 16 ans et qui sont devenus qui photographe, qui assistant de prod, qui encore productrice de magnifiques documentaires…

Bizarrement, la France qui est pourtant un pays où la radio fonctionne bien, n’a pas trouvé de vraie place pour cette activité (bénévole, certes) originale. Mes différentes tentatives pour fédérer les expériences existantes se sont heurtées à des refus polis ou des retard « politiques », la règle étant généralement « chacun chez soi ». C’est un peu dommage car Radio-Trousseau, pour être pionnière dans ce domaine en France, n’a jamais eu l’ambition d’être hégémonique et son équipe ne peut que se réjouir que de son expérience naisse d’autres, qui auront peut-être des existences plus faciles. De plus, à l’heure où la vie des hôpitaux est de plus en plus difficile pour cause de pingrerie étatique et de stupidité politique, la vie des associations de bénévoles sensées contribuer à l’amélioration du cadre des enfants hospitalisés et des personnels soignants, est par ricochet elle aussi menacée. Ainsi, un nouveau règlement interdisant l’entrée des mineurs non- malades dans les hôpitaux pédiatriques remet en question le principe-même de Radio-Trousseau et nous oblige à repenser le concept car c’est la jeunesse des animateurs qui assurait le succès auprès des enfants malades.

A suivre, donc…