Remy Jounin

Remy Jounin

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D’abord, (on est fin 1982) il y a eu TSF 93, la grosse radio locale, celle où Jacques Canetti (mon premier invité en direct) m’a dit un jour « en fait, vous revivez l’aventure d’Europe 1″. Embauché comme réalisateur quelques semaines avant le lancement de la radio, je saute sur un micro vacant le jour du lancement et je ne le lâcherai plus. Là, je ferai tous les métiers : réalisateur, animateur, programmateur musical, directeur d’antenne, responsable des opérations extérieures. Formidable école…

Puis, directement, la plongée dans le grand bain avec l’arrivée rue François 1er. Les nuits des week-ends sur Europe 1, les Europe-Stop en direct sur les routes de France et les premiers remplacements sur les mornings. Vint ensuite la création d’Europe 2 (où je fus le premier à ouvrir le micro du Programme magique ), avec les Programmes de Stars, les Top-Albums et les mornings, déjà, beaucoup. Dans le même temps, je fais mes premières armes sur Radio-Classique. Pendant une saison, je serai à la même heure sur Europe 2 et Radio-Classique, deux exercices complémentaires. Et les premières voix pour des films d’entreprise.

Fin de la première période d’Europe 2, j’arrive à Chérie FM. Trois saisons sur le 16/19, trois ans de vacances, de rigolade, d’amitiés nouvelles, d’interviewes de stars, de jeux avec les auditeurs. Et la radio qui passe de 2 à 6 points dans les sondages. Et toujours des voix off, avec les premiers docs pour la télé.

Eté 97 : réalisation d’un rêve de gosse. Je suis sur RTL : Stop ou Encore, Duel au Soleil… Retour à Chérie FM, le morning, à nouveau, ma spécialité finalement.

Puis, ce furent des aventures plus courtes, MFM, Radio-Classique, Rire & Chansons, ponctuées de retours, chaque été, sur RTL où je finis par m’installer sur le morning Music & News réinventé pour moi, en tête chaque été sur tous les 1/4 d’heures.

Quelques années auparavant, j’avais découvert le bonheur de la formation professionnelle. Il y avait eu d’abord les premières formations AFDAS pour le Cifap, le CNRA, la FAR. Puis vint le Vietnam (Voice of Vietnam à Hanoï et Voice of People à Saïgon), mes premières formations à l’international, mon premier coup de cœur pour un pays du bout du monde, et dans le service public, le Ghana (GBC, Uniiq FM). Accra me séduit : j’y retournerai à plusieurs reprises, tant pour les radios nationales que communautaires.

Les employeurs et les clients s’enchaînent pour les formations : RFO (6 stations du groupe formées, travail sur l’animation, le rapport à l’auditeur…), le Studio Ecole de France (dont je suis quelques mois directeur du développement et pour qui je réalise des formations sur site pour des radios locales en métropole et à la Réunion) avant de créer ma propre structure : Leopard Prod, avec laquelle je sillonne la France, du Quercy à Saint-Malo, et l’étranger pour de nouvelles missions, notamment au Maroc, où j’ai eu le bonheur d’accompagner pendant près d’un an et demi le développement d’Aswat, grosse radio commerciale, formateur auprès des animateurs, chargé du coaching de l’animateur du morning, consultant auprès de son président et de sa direction générale, puis de sa directrice des programmes.

Au Maroc, il y aura aussi la mission pour l’Association des Radios et télévisions indépendantes, avec l’aide de l’Ambassade des Etats-Unis. Ce sont des animateurs et des journalistes venus de presque toutes les nouvelles stations, qui seront formés : Hit Radio, Atlantic, Chada FM, Casa FM, etc…

Pendant quelques années, je serai aussi le Rédacteur en Chef de INF Radio, seule lettre professionnelle spécialisée dans la radio. De la version papier adressée à ses abonnés, j’en ferai une newsletter régulière, lue jusqu’au CSA. A la demande des éditions Dixit et du Cifap, je co-écrirai et superviserai l’ensemble de l’ouvrage « Animer une Radio« , paru en 2002 (voir page « Ecrits »). J’interviendrai aussi à plusieurs reprises au Salon International de la Radio (SIR), puis au Radio (SIEL) en tant qu’invité ou modérateur de débat.

Enfin, il y a les créations de programmes, les reformatages. Littoral AM, projet malheureusement inabouti, mais ambitieux, d’une radio régionale, associative, en Ondes Moyennes, Vivre FM, à Paris, dont j’ai posé les premières pierres, Sport FM à qui j’ai donné son dernier score dans les sondages et La Radio de la Mer qui connaîtra une augmentation d’audience de +87% en 4 mois, me permettant de démontrer que les projets les plus originaux peuvent rencontrer leur public dès lors que l’approche est professionnelle..

Et la détente, c’est encore de la radio. De Radio-Trousseau, radio réalisée par des ados pour des enfants hospitalisés, que j’encadre depuis 1994, et sa webradio, Réglisse, à mes propres webradios, tout ce qui est nouveau enrichit mon expérience et ma pratique. Cette expérience m’amène à aider la création d’autres projets, plus ou moins éphémères comme Radio Ambroise Paré à Boulogne-Billancourt, Radio CHU à Bordeaux ou encore les radios des établissements de l’Apajh-Paris recevant des ados handicapés.

Et demain… D’autres aventures, encore jusqu’au countdown du menu de droite… !

Page d'accueil: http://www.radioexpertise.com

Articles par Remy Jounin
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Radio filmée

Formateur en radio, j’interviens régulièrement auprès de petites structures aux moyens financiers limités. C’est pour enrichir notre rencontre et ma pratique à leurs côtés que je m’autorise ici régulièrement quelques réflexions personnelles autour des grandes tendances, initiées par des groupes dont les moyens leurs permettent des expérimentations dont les enseignements, qu’elles soient ou non réussies, sont précieux.
 

L’idée est dans l’air et on nous explique qu’elle est incontournable.

Depuis que RTL duplique en direct une partie de ses programmes en vidéo sur la toile, on semble découvrir que la 7760841130_le-live-video-sur-rtl-frradio filmée existe déjà depuis de nombreuses années. Et les penseurs de penser, les commentateurs de commenter… en reprenant largement les arguments des directeurs des filiales net des grosses maisons.

Amusons-nous à décortiquer ces éléments de langage que les commentateurs susnommés (dans ce récent article de l’Express, par exemple) puisqu’il semble que la presse écrite, désormais, considère que son métier est de relayer des éléments de langage, qu’il s’agisse d’économie ou de politique, plutôt que de faire des enquêtes poussées.

 

Suite de l’article…
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Invention, audace, tout ça…

Quelques réflexions sur la webradio…

On le savait depuis un certain temps, ça frémissait doucement sans se décider à prendre. Cette fois, il semblerait que le mouvement prenne enfin, le web est en train de devenir notre nouveau terrain de jeu, à nous autres indécrottables radioteurs. Comme dans les années 80 quand nous avons démontré que la FM allait supplanter l’AM pendant que celles qui ont tout racheté ensuite avec gourmandises restaient dans leur tour d’ivoire du 8è arrondissement (je parle d’Europe 1 et RTL qui n’ont pas tout de suite été, loin s’en faut, de l’aventure).

Musicales, thématiques, voire dites « de niche », les nouvelles radios s’expriment sur un espace qui ne leur était pas dédié, où les outils d’écoute ne sont pas les plus adéquats, et pourtant, elles existent et, en toute logique, vont tirer l’économie et l’industrie vers elles. Ainsi serais-je surpris que les commerces qui entourent la ville dont je lance la webradio ces jours-ci ne garnissent pas rapidement leurs têtes de gondole de radios wifi.

Les formats sont multiples et la légèreté de l’investissement destiné à la diffusion sur le Net rend plus logique la multiplication des radios temporaires (même si les habitudes d’écoute auraient plutôt tendance à nous attirer encore pour quelques temps vers des formes plus permanentes).

Et je trouve assez piquant de constater que la première grande expérience de webradio temporaire, dédiée à un événement, ait été voulue et mise en œuvre par des radios associatives, et ce il y a plus de 10 ans !

 Oui, c’est en 2002 que le CNRA, en congrès à Paris, m’a confié la mission de diffuser ses travaux vers la profession dans une radio temporaire, diffusée sur le Net, en direct. Très rapidement, j’ai fait le constat que rien ne serait plus fastidieux et moins radiophonique que de diffuser le congrès lui-même. Nous avons donc installé un studio dans les locaux du congrès, avec une vraie grille des programmes et l’équipe des 12 « emplois-jeunes » alors en formation avec moi ont inventé un vrai média qui parlait de la manière la plus vivante possible, de leur média et de son environnement.

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Mes amis Bernard Grondin et Bernard Colomb, venus de La Réunion pour le micro de notre webradio

Ce petit coup de projecteur sur un épisode pas si vieux, et toujours furieusement d’actualité, pour rappeler opportunément que la grande force des radios associatives quand elles ne restent pas ancrées sur leurs vieilles lunes et un léger complexe de supériorité (le vieux réflexe qui consiste à dire : »nous, on fait du fond, on ne s’embarrasse pas de l’emballer. A l’auditeur de faire un effort pour nous suivre » et qui est toujours une grossière erreur), leur grande force, donc, est d’être lieu d’invention, de proposition, de nouveautés.

Pour ma part, pour mener à bien ma mission actuelle, je m’appuie, je l’ai dit ailleurs, sur mon expérience personnelle de La Radio Parisienne et, évidemment, sur cette toute première expérience qui fut formatrice tant pour mes stagiaires que pour leur formateur!

 

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Times are changing…

Comme tarte à la crème de première catégorie, celle-là, je vous la recommande, elle est gratinée !

virginAlors, comme ça, il faudrait se mobiliser pour sauver Virgin, au nom de la culture !? Hier, on voulait pendre Xavier Niel au premier lampadaire venu au nom de la liberté, contre la censure et pour la démocratie, tout ça avec le plus grand sérieux parce que monsieur voulait nous interdire de voir… les pubs Google !

Aujourd’hui, c’est Virgin, supermarché sur le premier centre commercial de France (alias ex- »plus belle avenue du monde ») qui vend du Marc Lévy et du Céline Dion à la douzaine qui serait devenu un « temple de la culture » ?

Est-ce que ce monde est sérieux ?

Surcouf récemment, Virgin aujourd’hui, la FNAC demain. Les grandes enseignes traditionnelles vont fermer. C’est comme ça, c’est l’évolution. Franchement, depuis que la FNAC a gommé son passé gaucho (qui se souvient de la Fédération Nationale d’Achats des Cadres… ?), à qui manquera-t-elle ? Les acheteurs ne sont pas stupides. Pixmania, Priceminister, Amazon et Grosbill (entre autres) ont remplacé avantageusement le consortium Fnac/Surcouf et ce qui a disparu en grosbillemplois ici a été créé là, y compris en emplois indirects parce qu’il faut bien livrer tout ce qui est acheté en ligne.

Pour la musique et le livre, c’est un basculement de consommation qui s’opère. Non, nous n’avons plus besoin de Virgin quand la musique (et plus tard la lecture) se dématérialisent. Le consommateur est ballotté (je n’ai pas dit « pris en otage », hein!) dans une guerre économique où il n’a aucune prise, sinon celle d’acheter au moins cher. Ne lui a-t-on pas seriné que la concurrence était saine et que le consommateur en tirerait tous les bénéfices ? Evidemment, c’est un mensonge éhonté et toutes les théories économiques ont démontré que la concurrence n’est bénéfique pour la consommateur que dans un premier temps puisque, au bout du compte, elle finit par se bouffer elle-même et imposer un fournisseur unique, donc monopolistique et capable de rattraper sans complexe ses investissements passés. Alors, les industriels se battent entre eux. D’un côté les tenants de la dématérialisation (des propriétaires de droits aux fabriquants de disques durs), de l’autre les distributeurs de supports, voués à la disparition, comme l’ont été avant eux les marchands de pellicules pour appareils-photos mais aussi les marchands de charbon, les rémouleurs et les porteurs d’eau. Oui, les choses évoluent, poussées par le commerce et les luttes de pouvoir et d’industrie. Et le consommateur, tant qu’il le peut, essaye d’en bénéficier, en plantant Orange pour Free, puis Freemobile qui ne fonctionne pas pour B& You qui est du Bouygues au prix Freemobile !

image_Publico_1Quant aux livres, ceux qui les aiment vraiment préfèrent parfois les acheter là où on les vend encore à l’unité, pas au kilo, et où l’espace sert à mettre beaucoup de livres différends plutôt que mille exemplaires du dernier Harry Potter. Il existe encore et toujours, du moins dans les grandes villes, de vrais libraires, qui lisent des livres, en parlent avec leurs lecteurs, les recommandent, etc. Pour combien de temps ? Je n’en sais rien. On peut parier toutefois que l’objet livre durera plus longtemps que le CD (en co-existence pacifique avec les liseuses électroniques) sans doute parce que le contact du papier reste pour certains plus séduisant que celui du plastique. Et peut-être parce que les éditeurs sont un peu moins stupides que les patrons de l’industrie française du disque, allez savoir…

Il est d’autant plus ridicule de proposer aujourd’hui de « sauver Virgin » (qu’est-ce que j’ai comme mal à écrire ça sans pouffer !) que ces gens furent dans les premiers à installer une plate-forme numérique de téléchargement, donc à proposer eux-même leur propre alternative, ce qui était plutôt fin et aurait tendance à démontrer donc que la chute de la maison Virgin (France) n’était pas une fatalité mais qu’il y a derrière cela une logique économique. Tiens, sur les 5 derniers jours (incluant 3 jours avant l’annonce), l’action Virgin a pris +2,64%.

« Et les employés sur le carreau, espèce de sans-coeur ?« , me rétorquerez-vous fort justement. Et bien, ils sont aussi consommateurs et victimes de ce système dont nous sommes les complices involontaires (ce système de concurrence dont nous bénéficions tant qu’il nous est favorable avant qu’il détruise nos emplois). Mais si vous m’emmenez sur ce terrain, je vais vous parler de lutte des classes. Et ça, c’est bien trop ringard, n’est-ce pas ?

 

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Vous savez quoi ? Je serais surpris que le train de vie d’un certain Richard B. ait beaucoup à pâtir de cette mésaventure.

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Le bon temps du Radio-Guidage !

A l’époque, pas de GPS, pas de coyotte… Seule la radio nous aidait à circuler. Et encore…

Enjoy !

Lire
TSFJ1

30 ans, déjà.

Ce matin-là, le morning n’a pas été tout à fait comme d’habitude.

Peut-être parce qu’il n’y avait pas encore d’habitude. C’était le premier jour de l’antenne.

A 6 heures, dans ce sous-sol de Bobigny, il y a eu le premier morning de TSF 93. Puis à 9 h, je réalisai pour la première fois la grande émission de la matinée. Un peu complexe, à vrai dire. Les studios étaient tout frais et pas encore totalement finis. Il manquait des détails comme un intercom entre la régie et le studio. Vachement pratique. En fait, pour dire la vérité, on n’était pas vraiment prêts à démarrer. Mais fallait se jeter à l’eau. Je ne l’ai pas regretté.

11 h 30, pour la préfiguration de l’émission du midi, les deux tauliers, qui animent tant bien que mal, me demandent de rester pour témoigner. Volontiers, je suis venu pour bouffer du micro ! Regardez, là, sur la photo loupée du reporter qui avait oublié son flash, il y a Lev Bogdan, directeur des programmes, à gauche, Jean Kouchner, le big boss, totalement dans le schwarz à droite, un journaliste (Yves Bordenave, si je me souviens bien ) qui lève le bras et moi, avec des lunettes dignes de Bernadette Chirac. Je me souviens que Jean avait un peu tiré la tronche en voyant que j’étais celui qu’on voyait le moins mal sur la photo !

Et, incidemment, pendant un disque, les voila, les boss, qui déplorent devant moi que la fille qui devait être embauchée pour le 13/17 leur ait fait faux bond le matin-même et qui envisagent de remettre le fil musical. Eh oh, les gars, ça va pas non ? Et moi alors? Je voulais faire l’animateur, au départ, vous vous rappelez ?

Ils me regardent, hésitent… longuement. Tu crois que tu saurais ? Puis finissent par décider qu’ils n’ont rien à perdre.

J’ai juste eu le temps de grignoter un sandwich, attrapper une pile de disques (des machins en plastique, avec un trou au milieu, qui tournaient à des vitesses allant de 33 à 45 tours, tu ne peux pas comprendre, jeune) et enquiller mes premières vraies heures d’antenne rien qu’à moi.

On allait râler, s’engueuler, piaffer, tourner en rond, se planter, être sur terrain, donner à entendre et aider à dire.

En direct de la vraie vie, des 4000 de La Courneuve et d’une maison de retraite de Bondy, des cités et des lycées de Bobigny, du théâtre de Saint-Denis, de la Fête de l’Huma et d’une école de Pantin, etc…

Apprendre, inventer…

C’était le 2 novembre 1982 et je suis assez content de ce que j’ai fait là-bas durant les 4 ans qui ont suivi avec tous les copains. Les Sitbon brothers, Patrick Winzelle, William Pinville (oui, la grosse voix derrière Julien Lepers), Laurent Bourdon, Gilles Tessier (oui, celui qui… enfin bref) puis plein d’autres…

Bon anniversaire.

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Excusez-moi de vous déranger…

Récemment, là, j’ai taillé la route.

Tout seul, dans ma voiture, j’ai pris l’autoroute un soir de semaine, après le dîner, pour aller faire un tour dans l’Est. La nuit tombait. De loin en loin, de petites nappes de brouillard obligeaient à lever le pied. La visibilité était ce qu’elle est en général sur les autoroutes françaises dont l’éclairage a fait leur célébrité en Europe.

La radio était allumée et j’avais besoin de compagnie. Sur France Culture, j’ai découvert « La Dispute« . Des tas de gens très érudits étaient allés ensemble voir un opéra à la Bastille et rivalisaient de bons mots pour gloser sur le lieu (« Il vaudrait mieux le transformer en piscine« , très fin) et sur le spectacle lui-même qu’il fallait réussir à charrier tout en admettant qu’on l’avait aimé. Tout cela était subtil, élevé intellectuellement et certainement très cultivé.

Le problème, c’est que moi, pauvre blaireau, ce soir-là, au lieu d’aller à l’Opéra-Bastille (gloser sur le lieu et les gens), j’étais stupidement resté devant ma télé pour regarder « The Misfits » sur TCM en version restaurée. Et comme ces gens-là semblaient manifestement avoir oublié qu’ils parlaient devant des micros, confortablement installés dans un studio douillet du service public, ils discutaient tranquillement entre eux, faisant des appartés, des private-jokes et, à aucun moment, l’animateur n’a eu un mot pour moi, pour me donner l’impression que je pouvais éventuellement au moins servir d’alibi.

Alors, j’ai zappé. Sur l’autoroute, à ce moment-là, je n’avais pas un choix terrible. Je me suis arrêté sur France Inter, où ça semblait « ouvert la nuit« . Et là, c’était totalement différent. Non pas parce qu’on pensait à parler à l’auditeur, non. Mais parce que des gens discutaient entre eux d’un spectacle qu’ils ne semblaient même pas voir vu. D’ailleurs, l’animateur a même réussi à se planter dans le nom de sa chroniqueuse. Heureusement, ils ont trouvé ça tellement drôle que je dois quand même être profondément stupide de n’avoir pas éclaté de rire avec eux.

Alors, j’ai pensé un gros soupir et, tout en farfouillant dans la boite à gants pour en sortir une compil des Carpenters, j’ai eu une pensée émue pour mon pote Jean-Jacques Guinard, qui m’accompagnait quand je roulais la nuit dans les années 90 et 2000, avant de prendre sa retraite. Lui, il n’exerçait pas sur une radio cultivée ou intellectuelle. Non, Chérie FM ou RTL2, ça ne vole pas haut. Mais, quand il faisait un micro, il me tenait compagnie, c’était une voix amie, dans la nuit, une voix complice.

J’ai pensé aussi à Bruno Rizzi. Lui, il m’aidait à ouvrir les paupières, sur le périph, vers 4 h 30 du mat’, à l’époque où des tortionnaires me faisaient lever à pas d’heure au milieu des vacances pour venir torturer une otarie dans une petite rue non loin des Champs-Elysées. Bruno, son micro de 4 h 35, il était pour moi, et pour les autres zombies qui se demandaient pourquoi ils étaient debout à une heure aussi indue. Et lui, c’était sur Nostalgie, qu’il faisait ça.

Alors qu’on n’aille pas pour autant m’accuser de procès anti-service public. En rentrant, le lendemain, de l’Est, alors que je m’attendais à écouter la toujours formidable émission « Sur les Docs« , je suis d’abord tombé sur le Mouv’ et les chroniques d’une abyssale stupidité d’une certaine Ovidie mais, heureusement, de retour sur Culture, j’ai ensuite découvert (parce qu’on était vendredi) l’excellente « Sur la Route » et j’écris ceci en savourant « Place de la Toile« . Autant d’émissions où l’auditeur est au centre de tout.

Et ça fait toute la différence, finalement.

RNT : Déplaçons le débat

C’est vachement mieux que Dallas, le feuilleton sanglant dont on nous menace d’un retour prochain (sponsorisé par les couches Confiance ou Vivolta, on ne sait pas encore…). Avec tous les rebondissements qui vont bien, les coups fourrés, les traitres, les profiteurs, les malhonnêtes, les amateurs de combinazione qui se prennent le retour de baton en pleine tronche, etc…

Ce feuilleton, c’est bien sûr celui de la RNT, saga palpitante mais qui, arrivée à la saison 3, commence, il faut bien l’admettre, à lasser. Alors, on continue à le suivre, un peu comme les dernières saisons d’Urgence, tout en sachant qu’on va nous refaire les mêmes coups scénaristiques, même si les protagonistes vont de temps à autres changer de camp et certains traitres au teint fielleux défendre avec la même énergie les thèses contraires à celles qu’ils défendaient dans la saison précédente.

Et plus le temps passe, plus on se rebalance les mêmes arguments, plus on les échange (rappelez-vous quand même : le Gouvernement qui taclait le CSA qui roupillait sur le dossier. Quand le CSA se bouge un peu – entre la sieste post-prandiale et l’apéro -, c’est le gouvernement qui décide de ne pas y aller en n’y mettant pas les radios publiques ! Hein ? On se fout de notre… ? allons !)… Bref, plus tout ne bouge pas, plus rien n’avance, et si on continue à si peu avancer, on va finir par reculer !

Bon.

Maintenant, si on déplaçait un tout petit peu le curseur du débat (1) et qu’on se posait la question suivante :

Est-ce que si le débat est si stérile, ce ne serait pas, par hasard, parce qu’il est mal posé ?

(petit temps de réflexion…)

Que veux dire-je ?

Que, peut-être, le problème n’est pas tant celui du tuyau que de son contenu et de son évolution.

S’il y a bien deux points sur lesquels on est tous tombé d’accord, quelle que soit notre chapelle, c’est :

1. le fait que l’auditeur se tamponne grave de la numérisation de la radio

2. qu’il va grave rechigner, ce radin, à renouveler son matos.

Pourquoi, au fait ?

Parce que qu’est-ce que ça lui apporte d’écouter Nosta, RFM, Sud Radio et France Info en numérique ?

RFM nous fait l’Europe 2 des fin 80′s/début 90′s. Nosta… euh, aussi, maintenant. Chérie nous refait la Chérie des 90′s. Marc Leval anime un jeu à côté duquel Les Jeux de 20 Heures auraient l’air moderne… Radio-Classique, après avoir eu l’excellente idée de nous offrir un inoxydable Christian Morin dans un nouvel exercice nous ressort Alain Duault. Virgin, vu ce qu’on lui a fait subir au long des années est la plus mal nommée… Bref : Quel besoin d’un tuyau numérique pour réécouter la radio du 20è siècle ?

De leur côté, Europe et RTL courent après leurs « fondamentaux » (lire : les trucs qui ont marché quand ça marchait) et - ça c’est moderne – jouent à fond la carte du podcast. Tout comme France Culture qui trouve à combiner sa mission de service public et une exigence de qualité en proposant de réécouter pendant 1000 jours les conférences de Michel Onfray, par exemple.

Et puis, de l’autre côté, avec mes camarades Olivier Riou et Sebb Troquier (mais loin loin loin derrière, en ce qui me concerne), on fabrique de beaux robinets à musique, avec de belles niches (non, ne cherchez pas, il n’y a pas de contrepèterie, dommage) et de beaux modules (ah ben si, finalement…). Nous peaufinons nos règles de multidiffusion, etc… Et si on avait des fréquences FM derrière nos produits, on serait les rois du pétrole. Enfin, je veux le croire.

Mais là non plus, l’auditeur ne verrait toujours pas l’intérêt de renouveler son matos. Surtout qu’il vient encore de se faire avoir par feu Steve Jobs (dont la secte lui survivra mieux que celle de Moon) et d’acheter le nouvel Iphone qui-est-mieux-que-l’ancien-mais-moins-bien-que-le-prochain. Bon, on va encore essayer de lui expliquer, à l’auditeur, qu’entre Itune et TuneIn, pour ne prendre que ces deux-là, il peut nous écouter au petit poil, en qualité numérique, mais j’ai un doute sur la capacité de Marinette du Doubs à gambiller le samedi soir en branchant HotmixRadio sur son Nokia de 2001. Et puis, là aussi, qu’inventons-nous de révolutionnaire dans l’approche de l’auditeur ? 

Sérieusement, en dehors des choix économiques plus ou moins désintéressés que certains voudraient pousser le gouvernement à faire, en dehors des questions de norme, y compris en posant le problème de l’universalité de ces choix, si on se demandait quelle doit être la radio de demain ? Et donc, quel sera l’outil nécessaire pour la réussir le mieux.

<mode vieux con:on>

Je me souviens que lorsque NRJ Groupe a déménagé dans les locaux de la rue Boileau, les techniciens qui montaient les nouveaux studios de Chérie nous ont demandé, à nous utilisateurs quotidiens, de venir tester la configuration de console qu’il installaient. Le but était que l’outil soit le plus adapté possible au programme à produire. Ca s’appelle du bon sens, de la logique, etc…

<mode vieux con : off... enfin j'espère>

Ayons la même démarche. Par exemple : si Europe 1 fait une grosse partie de son CA en podcast, pourquoi celui-ci devrait-il être réservé à un support non-dédié ? (le net) Bref, a-t-on pensé à une norme hertzienne permettant non seulement de recevoir du flux mais aussi des données ? Oui ! Pour mettre les pochettes. Merde.

Et si, quand j’écoute la passionnante émission de Philippe Cassard sur France Musique, je pouvais, dans le même temps, recevoir, sur le même appareil, les émissions des semaines précédentes que je n’ai pas pu écouter parce que quelqu’un avait eu le mauvais goût de me filer du boulot ? Je veux bien, là aussi sans avoir à sortir mon PC commander l’album dont il me parle avec fougue, au choix en CD ou en téléchargement légal. Idem pour les Grosses Têtes, l’intégrale de Sur les Docks, la chronique d’Anne Roumanoff (c’est une hypothèse d’école) ou le Duo des… Non, quand même pas.

La plupart des webradios, les musicales streamées, nous proposent d’acheter en cliquant sur la pochette le disque qui passe. Puisqu’il faut bien parler gros sous, pourquoi ne pas développer la même chose pour nos annonceurs ? L’acte d’achat est illogique et réactif ? Que ne puis-je cliquer sur mon autoradio quand deux anciens asiprants comiques me serinent que c’est mieux chez Baffe-Assurance !

Autre exemple, presque aussi fameux : l’audience stream de la (pourtant foutrement bien faite) Radio Parisienne ne me satisfait pas. Par contre, les podcasts font des scores honorables. Alors, certes il faut que je revoie ma programmation musicale, mais il faut aussi que j’arrive à positionner mon produit différemment, en m’appuyant malheureusement sur la technologie web qui reste encore majoritairement non nomade, ce qui va à l’opposé de l’ADN de la radio depuis l’avènement du transistor dans les années 60. Si vous pouviez écouter dans la bagnole uniquement la chronique de Jean-Philippe Guerand avant d’arriver au ciné ou celle de Bruno Scagliotti sur la rue où vous êtes justement bloqué par un livreur, ce serait beaucoup plus souple et, dans la logique de l’époque, sur une logique client et non une logique serveur. On vous rajouterait le petit sponsor qui va bien et le tour serait joué. Mais ça, pour être efficace et apporter une vraie bonne raison à l’auditeur de nous suivre sur une nouvelle technologie, il faut que ça soit hertzien, donc nomade, et gratuit, comme le fait remarquer justement le SIRTI. 

Il y a une vraie démarche dialectique à penser entre le support et le développement de la construction des programmes à venir. Mais ça suppose d’admettre qu’on est arrivé – pas en train d’arriver, mais bien : arrivé – au bout d’un système qui va s’émietter de lui-même tranquillement si on n’y prend pas garde.

En fait, à mon sens, on y est arrivé, à ce bout, grâce à (ou à cause de, je ne sais pas) Sweet FM.

Je fais partie de ceux qui admirent sans fausse pudeur le formidable travail de Wilfrid Tocqueville qui a su inventer le format qui convenait là où il fallait, au moment adéquat. Wilfrid qui assume sans complexe ses tranches en VT et qui fait de l’hyper-proximité, qui utilise tout ce que la technqiue actuelle nous permet non pour baisser sa masse salariale mais faire plus avec ce qu’il a et, en même temps, se crée une vraie légitimité sur le terrain (2). Un exemple pour beaucoup de radios locales, qu’elles soient commerciales ou associatives.

Car, là encore, nous sommes tous complices de l’état actuel de la radio française et nous sommes tous comptables de ce que nous allons laisser derrière nous. Trop facile de laisser à des énarques et des chefs de cabinet, dont nous tombons d’accord pour dire qu’ils n’y entendent rien et s’en foutent totalement de surcroit, l’entière responsabilité de ce qui arrivera demain. 

D’autant que les créateurs de contenus sont désormais, par la force des choses, devenus aussi des businessmen, tentant d’accorder la réalité économique à leurs envies créatrices. J’en veux pour exemple un Jean-François Latour, naguère saltimbanque microteur comme vous et moi, désormais bardé de diplômes qui lui permettent de tenir la dragée haute à des crânes d’oeuf marketés qui n’ont pas son background !

Puisque je suis dans la partie cirage de pompes de ce billet, je voudrais signaler au passage – ce qui n’aura d’ailleurs échappé à personne – que la réussite de RMC et de tout le groupe qui va autour s’appuie justement sur l’action de dirigeants qui ont pensé leur programme en fonction de l’offre existante alors (3). Par contre, quand je lis qu’un groupe de radio dynamique, au demeurant dirigé par des gens honorables (4) rachète MFM, la radio en trop du PAF, je me demande pour quoi faire. Encore une radio musicale ? Encore les raisonnements du siècle dernier ? Mais, bis repetita tout ça, est-il besoin de la RNT pour MFM ? Bref, ceci pour illustrer mon propos et montrer à quel point je suis d’accord avec moi-même.

Mes expériences de formation dans des radios associatives où la situation est parfois plus que compliquée (quand il y a un seul salarié, par exemple, c’est plus tendu qu’un string dans un clip de rap !) comme une expérience déjà plus ancienne dans les radios publiques d’outremer mais dont les priorités (territoriale et éditoriale, notamment) se recoupent m’amènent à appeler de mes voeux une consultation plus large que celles lancées par les pouvoirs publics où une profession entière tenterait de réfléchir à son avenir et, donc, à des possibilités de renouvellement et de développement, d’autant mieux venues à une époque de concentration et de disparition d’opérateurs. Cette discussion devrait aborder l’ensemble des sujets, y compris ceux qui fâchent comme la programmation des radios musicales françaises comparée à celle des pays limitrophes, style Couleur 3 (5), les expériences d’ailleurs (en y incluant Freedom et RCI qui ont toutes deux, à mon sens, le syndrôme Sweet FM) et les enseignants de radio. J’aimerais entendre Sylvio Marchione et Jacky Gallois nous parler des étudiants qu’ils aimeraient former dans un monde parfait, si leur but – louable et d’une logique économique sans faille ! – n’était pas prioritairement d’adapter l’offre (de jeunes pros) à la demande (des directeurs d’antenne).

Un futur sujet pour le Radio!, Philippe ?

Bon, maintenant, la question est posée et, évidemment, ces lignes ne prétendaient ni répondre à la question, ni même être à l’origine du débat, plutôt y apporter ma petite pierre. Et, en passant, j’espère que Wilfrid va venir me dire que non non pas du tout, Sweet FM n’est pas au bout du système et va continuer à nous épater !

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A lire notamment :   »La RNT: un droit d’inventaire, pas un enterrement« , communiqué du SIRTI du 6/9/12, et « Les mauvaises ondes du CSA« , tribune de J-E Valli et M Quétel dans Le Monde.

 

(1) J’ai rajouté « curseur » parce que c’est dans l’air du temps. Mais ça n’ajoute rien d’autre à la phrase.

(2) En mettant une claque sur le territoire à RTL, ça n’apporte rien au débat mais ça me fait plaisir.

(3) On était en pleine réflexion autour de l’AM et RMC aurait très bien fonctionné sur les ondes moyennes, mais c’est un autre débat, ne m’y poussez pas, vous allez me mettre de mauvais humeur !

(4) C’est pénible d’avoir des amis de tous les côtés, des fois…

(5) Sujets qui fâchent, j’avais prévenu !

Joyeux aniversaire !

Ce dimanche matin-là, j’ai appris qu’il s’était passé quelque chose en montant dans la voiture.

Sur RTL, les infos n’étaient pas comme d’habitude. Les tons étaient graves, les infos se bousculaient, dramatiques… Nouvelle guerre du Golfe ? Invasion de la Bretagne par des terroristes kurdes ? Non, rien de tout cela.

Une ex-princesse aux yeux de veau, vedette des magazines de salle d’attente, en vacances à Paris dans un palace détenu par le père de son jules, venait de se viander dans le tunnel du Pont de l’Alma grâce à un chauffeur dont on n’a jamais su s’il était plus toxico qu’alcoolo ou l’inverse.

Moi, je devais animer mon dernier « Stop ou Encore ». J’ai dit ailleurs que j’attendais ça depuis l’âge de 11 ans. Je venais de passer mon premier été sur RTL. Julien Lepers (tenancier habituel du 9 h 15 / 13 h du week-end) et la programmatrice m’avaient gentiment bizuté en début de saison, je m’étais offert mon dernier gros coup de flip à l’antenne lors de la première et là, j’allais – déjà ! – fêter la dernière.

J’arrive en studio. Alain Tibolla est là. Le directeur des variétés en personne un dimanche matin d’août. Il fallait que la situation soit grave. Ses consignes : « Alors Remy, vous ne faites pas appeler, vous mettez du classique, du jazz, soft, quoi… Ah, et ils vont surement déborder un peu, à l’info… » Tu parles…

9 h 30 (un quart d’heure de retard, c’est pas la mer à boire), on me donne l’antenne. Je la joue soft, façon radio nationale corréenne à la mort du dictateur local. 10 h, on me prévient que le journal va un peu déborder.

Effectivement.

Jusqu’à 13 h, je n’ai fait que les pubs.

Cela dit, la bouteille de Pouilly fumé, on l’a sifflée. Avec l’aide d’Alain (Page, le réal adoré), d’Alain (Tibolla, le patron grande classe) et, sans doute de Virginie (qui connait bien la région !). Juste, à un moment, j’ai proposé au patron de ne pas rester dans le champ de la caméra. Voir un taulier trinquer sur l’écran dans le studio où défilaient les invités, ça aurait surement fait mauvais genre.

Je ne lui ai pas pardonné, à celle-là, de m’avoir confisqué mon dernier Stop ou Encore !

Ca fait… pile 15 ans ?

 

Flute.

Virgin Radio vs Europe 2, suite et pas tout à fait fin

« Jamais crétin décérébré n’aura eu autant de pouvoir que moi… » (99 Francs)

 

Rappelez-vous. Il y a quelques temps, le Groupe Lagardère décidait d’abandonner la marque Europe 2 au profit de Virgin Radio, espérant ainsi remplacer l’absence de contenu par une marque prétendument attractive sur sa cible.

Certains « historiques » de feue la marque Europe 2 se sont transformés en hystériques parce qu’on cassait leurs derniers souvenirs romantiques. Dans une discussion d’une haute teneur intellectuelle avec un autre penseur (de ma catégorie !) de ce métier, je faisais valoir l’argument selon lequel il fallait remercier Lagardère de faire les frais de cette expérience grandeur nature, dont nous espérions conjointement, fourbes que nous sommes, qu’elle ne mênerait nulle part, partant du principe démodé que le concept doit précéder la marque, le contenu prévaloir sur le contenant et que si l’emballage est essentiel, le produit est primordial.

 

Cliquer ici pour relire cet excellent échange dans lequel Denis écrivait : « Remy a raison », ce qui prouve la qualité de l’article.

 

Force est de constater, comme aiment à dire nos amis bardés de cartes de presse, que la démonstration est faite au delà de nos espérances. Ce n’est pas en rachetant la marque désuète d’un milliardaire mégalomane mais anglais (qui a dû tellement faire briller les yeux de nos décideurs issus d’école de commerce français) qu’on remplace le savoir-faire ni qu’on évite la question du format, du concept, de la cible et de l’adéquation des susdits à icelle. Tout ce qu’on croyait démodé, ringard et qui nous saute à la face comme un jingle dans la voix de Jean Topart.

 

Vous noterez l’élégance du propos qui consiste à citer pour les connaisseurs une période de l’histoire d’Europe 2 que l’auteur de ces lignes n’a pas lui-même vécu, viré un peu plus tôt malgré ses audiences par un dépeceur canadien de sinistre mémoire (1). 

 

Or, si j’en crois un écho des Echos de ce jour, le même Groupe, toute honte bue, après avoir débarqué les fusibles de service, ferait appel à la société Goom pour auditer Virgin Radio et lui dire quoi en faire (le premier qui dit : « j’ai bien une proposition » est un grossier personnage). Si l’information s’avère au moins aussi exacte que la mise en vente/non-mise en vente de telle radio du Sud, on a là affaire à une grande première dans l’histoire, pourtant mouvementée, de notre média et de cette pauvre Europe 2/Virgin Radio, qui en a pourtant déjà connu d’autres (2).

Voilà donc des gens qui sont perdus avec leur truc (ma grand-mère aurait parlé de poule ayant trouvé un couteau) au point d’appeler à la rescousse les anciens responsables de la concurrence directe, concurrence d’ailleurs volontairement choisie par le Groupe Lagardère à l’époque, et actuels responsables potentiels (parmi d’autres) du déclin vraisemblable des réseaux musicaux à l’ancienne.

Car, sans s’avancer inconsidérément sur la qualité des programmes fournis par Goom, sans prétendre deviner la pérennité du modèle économique, il faut leur reconnaître le mérite de l’invention, de la recherche du modèle Radio 2.0, etc… Et c’est donc eux qui devraient apporter la solution, avec surement une facture ça-comme, aux responsables du Groupe Lagardère pour sauver Virgin ? Extraordinaire !

Car la solution, cela fait des années qu’on est quelques-uns à la leur donner. Et gratuitement, encore! On peut aussi la lire, entre deux messages d’auto-promo déguisés et quelques réflexions fielleuses sur le forum bien connu d’un site consacré à la radio. Et cette solution, je la remets ici, totalement gracieusement : Faites du programme !

Des radios qui disent « pipi caca », ça n’épate plus personne. Des radios qui disent « bite, poil », c’est interdit entre 6 h et 22 h (Europe 1 ne pourrait plus programmer « Y en aura pour tout le monde« , de nos jours et Coluche devrait utiliser les blagues de Roumanoff, merci le CSA). 

Alors ? Alors, si on se disait que le jeune, ça sait lire, ça sait écrire et utiliser sa tête pour autre chose que mettre un casque avec du « gros son ». Un jour, d’ailleurs, il faudra qu’on me dise pourquoi le jeune qui aime écouter des vieux pitres dire des gros mots autorisés par le CSA, il va écouter Chérie FM quand il révise ses exams ou prépare son bac.

- Son quoi ?

- Son bac.

- Son… bac ?

- Oui oui…

- Pour quoi faire ?

- Aller en fac, par exemple. Etudier les lettres, la philo, la socio… Bref, pour être souvent plus cultivé que le diplômé d’école de commerce qui croit l’avoir cerné et lui fabrique… lui fabrique quoi ?

(la foule en délire:) – VIRGIN RADIO !

Cqfd. 

Voila. Tout ça pour dire quoi ? D’abord pour dire que, quand on voit ce qu’on voit et qu’on entend ce qu’on entend, on a vraiment eu raison de penser ce qu’on pensait. Déjà, ça fait plaisir. Hein, Denis ?

Enfin, et surtout, remercier sincèrement les décideurs en partance du Groupe Lagardère d’avoir osé cette expérience grandeur nature qui servira de cas d’école aux formateurs de toutes sortes, dans les écoles de média et dans la formation professionnelle en radio notamment (avec le lien qui va bien). Et dans les écoles de commerce ? Ah, là, ça reste à démontrer…

Je suis désolé de revenir sur des vieilles lubies mais je reste persuadé que si le modèle Radio-Vieux façon Nosta a encore de belles années devant lui (sinon, il serait déjà mort vu ce qu’on lui a fait subir ces dernières années) parce que les vieux crabes de ma génération ont du mal à se mettre à Deezer, Spotify et autres merveilles pour jeunes, ben les jeunes, eux, justement, leur zik, ils savent se la programmer, sans panel, sans études, et les outils qui leurs proposent des nouveautés par affinités s’affinent de jour en jour.

Donc, la zik n’est plus la panacée de la radio jeune et il va falloir les considérer comme ils sont réellement: pas tous décérébrés (3) ni « no-future », ni uniquement occupés de faire la teuf. Bon, au premier abord, ça peut donner le vertige. Mais au deuxième ras-bord (4)… c’est extrêmement excitant intellectuellement. Et ceci permet à mon célèbre côté optimiste de conclure ce billet par une note de gaieté sur ce qui nous attend en remarquant tout simplement que ça ne peut pas être pire demain !

Vive la Radio 3.0 !!

 

 

(1) Merci Julien P…

(2) Vous me direz: une radio qui a survécu aux passages d’antenne de Thierry W et votre serviteur devrait résister à tout…!

(3) Si j’osais, je dirais qu’il faut vraiment avoir détruit son cerveau à la coke pour s’imaginer que le cerveau du jeune est entièrement vendu à Coca. Mais c’est nul.

(4) Non, c’est bon, je sais

actuel

La Révolution n’est plus ce qu’elle était…

 En 1970, une génération de lycéens (forcément) boutonneux et (logiquement) complexés par la génération précédente, celle « qui-a-fait-Mai 68 » (marque quasi-déposée) a pris en pleine figure l’arrivée du premier numéro d’un journal un peu crade, imprimé flou dans des couleurs délavées sur du papier dit recyclé (même si personne ne savait bien ce que ça pouvait recouvrir) qui leur a fait découvrir la contre-culture, l’underground et leur a donné l’impression de récupérer quelques miettes des outrances de cette fameuse génération précédente.

Ainsi, grâce à Actuel, car c’est bien de lui qu’il s’agit, mais le premier, hein, le révolutionnaire, pas le second, récupéré par les marchés, la pub et qui ressemblait à Paris-Match (oui, je sais, on ne touche pas à Actuel, Nova, tout ça. M’en fous, chuis un vrai rebelle sans cause, moi), grâce à Actuel donc, nous découvrions la contre-culture, l’underground, on l’a dit, les voyages, les substances, la révolution sexuelle (qu’il aurait fallu expérimenter d’urgence avant l’arrivée du sida) et… Crumb.

Dès le premier numéro, Crumb était en couverture et on allait le retrouver encore souvent, presque dans chaque numéro. Et pour cause, Robert Crumb était à lui tout seul l’inventeur d’une grande partie de la contre-culture.

Créateur de petits Mickeys particulièrement peu politiquement corrects, comme on ne disait pas encore à l’époque, Crumb révolutionne la BD en créant des comix (non, ce n’est pas une coquille : comix et non comics, le X est explicite!) qu’il vend au coin de la rue car les dépositaires traditionnels collectionnent les procès. Il faut dire que la vision que Crumb a de son Amérique des années 60/70 ne coïncide pas tout à fait avec l’American Way of Life qu’on tente alors d’exporter sur la planète. Avec une cruauté mâtinée de tendresse, Crumb croque une Amérique wasp puritaine, pudibonde et hypocrite, terrorisée par l’idée d’un réveil de ses minorités ethniques, elles-même plus intéressées par le fric que par leur reconnaissance humaniste, quitte à dealer d’immondes saloperies dans des partouzes qui commencent hype, puis virent au ridicule avant de sombrer dans le sordide absolu.

Personne ne trouve grâce aux yeux de Crumb, pas même lui-même puisqu’il n’hésite pas à se mettre en scène et illustrer ses propres névroses, ses obsessions sexuelles, ses fantasmes sur des femmes gigantesques, bien en chair, poilues et bien plus désinhibées que lui-même.

Le Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris a eu l’excellente idée de proposer une très riche, très illustrée et, semble-t-il, très complète, intitulée « Crumb, de l’underground à la Genèse« .

Jusqu’au 19 août prochain, il faut aller, et retourner, se plonger dans l’univers déjanté, dérangeant, mais surtout tellement drôle, de Robert Crumb, désormais paisible retraité, retiré du côté de Nimes.

A l’époque où le fait du prince fait lourder du service public deux humoristes sur leurs plus mauvaises blagues (coût pour le contribuable : 500 000 €, on s’en tire bien : c’est moins cher qu’un avion présidentiel…), à l’heure où des avocats vénaux, rêvant d’un monde procédurier à l’américaine, se jettent sur la moindre querelle pour lancer des procès à tout va, qui oserait encore publier, de nos jours, un auteur aussi provocateur que Robert Crumb ? Certes, on peut le ré-éditer, c’est de la culture, au fond, et puis ça commence à dater, presque à entrer dans l’histoire. Mais un nouveau Crumb, de nos jours, même vendant ses BD au coin de la rue, ne se ferait-il pas embastiller illico ? Transposons un instant cette BD où les « niggas » prennent le pouvoir et où le premier président noir impose une fellation à l’ex-first lady ? Vous imaginez le tableau ? Bon, bah oubliez-le immédiatement. Le simple fait d’avoir évoqué l’image dans votre cerveau est peut-être déjà devenu un délit entre le moment où j’écris ces lignes et celui où vous les lisez !

Oui, le monde a changé : la génération « qui-a-fait mai 68 » est actionnaire des agences de pub, pige à Libé et I-Télé, collectionne les « tribunes » dans les média et les jetons de présence dans les conseils d’administration. Actuel est mort deux fois et nous n’avons porté le deuil qu’une fois, Nova Press est un organe bobo et il a fallu qu’une loi démodée contraigne les média en cette fin de campagne électorale pour que le mot Révolution reprenne un peu de sens grâce aux prolos Poutou et Arthaud.

Alors grâces soient rendues (oui, multiples!) à la Ville de Paris et à son Musée d’Art Moderne pour avoir, en toute liberté, affiché tout le matériel disponible sur ce vieux sale gosse de Crumb dont les outrances, le dessin impeccable et l’inventivité débridée sont un baume de jouvence pour une époque rattrapée par la grisaille et le conformisme.

On peut même écouter Sébastien Gokalp, le commissaire de l’expo, en parler dans l’interview qu’il m’a donnée pour cette expo et que je diffuse sur la Radio Parisienne.

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La Radio Parisienne, une nouvelle aventure

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Tout a démarré très vite.

Il y a un formateur qui se plait à répéter depuis des années que c’est quand même incroyable que Paris, qui n’est pas la ville la plus morne de la planète, soit la seule capitale mondiale à ne pas avoir sa « radio capitale ». Ce même formateur, qui a la fâcheuse tendance d’être un peu persifleur, ajoute comme boutade que, évidemment, il y a déjà France Inter, mais c’est juste pour le plaisir d’être méchant.

A force de répéter ça, ce formateur (qui va rapidement arrêter de parler de lui à la 3ème personne de peur de se faire taxer de syndrôme-Delon !) s’est demandé pourquoi ne pas le faire lui-même.

Comme j’ai depuis constaté (allez, je tombe le masque) que la marque et le nom de domaine étaient libres, j’ai décidé que c’était trop bête de ne pas se lancer. Quelques heures plus tard, La Radio Parisienne était sur le net.

Rapidement rejoint par Corine Autey-Rousel, Ali Hammami et Jean-Philippe Guerand, puis par Isabelle Layer, j’ai commencé à remplir les programmes de cette radio curieuse et parisienne, à destination des Parisiens, des assimilés et des expat’s, pour qui j’ai mis des vrais morceaux de métro dedans, des plus anciens à la rame automatisée de la ligne 14.

Un mois après, le programme commence à ressembler à quelque chose, même si beaucoup de boulons restent à serrer. Et, presque chaque jour, je reçois de nouvelles propositions de collaborations diverses, venant de bloggeuses, de journalistes, etc…

L’idée, elle est simple. Installer tranquillement un vrai programme culturel digne de ce nom (même si le mot n’est jamais revendiqué à l’antenne), populaire et intéressant, pour le monétiser à court ou moyen terme. Pour montrer aussi, qu’on peut encore faire de la radio sans crier à 40 ans « caca pipi zob » et sans faire intervenir des éphémères gloires de la télé-réalité, qu’on peut encore prendre les auditeurs pour des gens intelligents (à peu près comme nous, quoi), curieux et ouverts et, peut-être surtout, qu’on peut encore inventer de nouveaux formats, sur de nouveaux supports.

De quoi l’avenir sera-t-il fait ? La RNT, plus arlésienne que jamais, finira-t-elle par s’installer sur nos vieilles ondes obsolètes ? Il faut le croire, l’espérer. Quels programmes les nouveaux fabricants mettront-ils dans leur tuyaux ? Qui y pense ? Ben nous, ici.

Et si on se plante ? Ben… tant pis, on se régale déjà, c’est toujours ça de pris, de nos jours. Ca vous tente, vous voulez en être ? Contactez-moi !

Maison de la Radio

Du respect de l’autre comme valeur obsolète. Ou pas.

Nous sommes au tout début des années 80.

Devant la salle d’attente de cet étage de la Maison de la Radio, de merveilleux happy few des média passent sans me voir, affairés, parlant haut et fort, importants.

Depuis deux heures, j’attends. Non que je sois arrivé deux heures en avance, non. Mais on a plus important à faire que de me recevoir à l’heure. Au fond qui suis-je ? Un ènième inconnu qui a fabriqué une petite maquette à domicile sur son magnéto à cassette et qui rêve de faire de la radio. Envoyé avec un CV vide ou presque (normal, je viens de finir mes études) à toutes les (quatre) radios de France. Quelques semaines plus tard, la secrétaire d’une « collaboratrice du directeur des programmes » m’a proposé un rendez-vous. J’ai quitté ma banlieue, fourgué mon gamin de 6 mois qui n’a pas de place en crèche et dont je m’occupe puisque je suis chômeur, pris le métro jusqu’à Ranelagh et marché dans le froid jusqu’à l’imposante bâtisse qui représente tant de fantasmes.

Et j’attends.

Au bout d’un peu plus de deux heures, on vient de me chercher. Madame F… va me recevoir, mais elle n’a pas beaucoup de temps, parce qu’elle est déjà très en retard. Oui, merci, je sais. Mais dois-je le répondre ? Jeune et inexpérimenté, certes… Mais je crois déjà savoir que ce serait mal venu. Je m’écrase.

Mme F… m’accueille. Glaciale, moue méprisante. Genre « alors, vous voulez faire de la radio ? ». Ben oui. Elle me pose deux ou trois questions sur ce que j’aimerais faire. Je n’ai jamais le loisir de beaucoup détailler, elle me coupe à chaque fois et me fait part d’une vérité qui vous a surement échappé comme à moi alors : ça a déjà été fait.

Oui madame. Même en 1969, quand Philippe Bouvard a lancé les Grosses Têtes, ça avait déjà été fait. Ca s’était appelé les Incollables. Passons, je m’écrase encore. Que faire d’autre ?

Bref, je vous la fais courte. En 20 minutes, la charmante Mme F… a le temps de comprendre que je n’ai pas une idée nouvelle et, de surcroît… que je n’ai jamais rien fait. Bien vu, là encore, finement observé: j’ai le culot d’être un débutant (enfin, un éventuel débutant)… qui, de plus, n’a jamais rien fait! Quel cuistre, faisais-je!

L’entretien se termine et je me retrouve dans le couloir, sans avoir bien compris pourquoi on m’avait convoqué. A part, peut-être, pour me laisser entendre que je ne ferais jamais de radio… A Europe 1, par exemple, ils avaient été bien plus courtois: ils avaient eu, eux au moins, la gentillesse de ne pas répondre à mon envoi!

Je passe sur la déception, la colère du moment. Deux ou trois jours après, n’y tenant plus, je fais un courrier au directeur des programmes de France Inter, le même à qui j’avais envoyé ma maquette, sans doute si inaudible. Je lui raconte l’entretien et, ne mettant jamais en doute qu’on n’ait aucun besoin de moi sur son antenne, je m’étonne de l’attitude de la personne qui me fait perdre une demi-journée en transports et attente pour s’essuyer les pieds sur la figure d’un parfait inconnu. Je lui demande, dans des termes très courtois, quelle a été la motivation de ce rendez-vous et si c’est là une habitude dans les bureaux du service public. Je me souviens avoir conclu en disant que rien là-dedans n’était très grave. Mais qu’il me semblait que ce n’était tout simplement « pas bien ».

Quelques jours plus tard, j’ai trouvé dans ma boite aux lettres une missive à en-tête de France Inter. Le directeur des programmes en question, ce grand homme, me répondait, figurez-vous. Ca aurait pu être pour me proposer un nouveau rendez-vous, avec quelqu’un d’autre. Voire avec lui. Non finalement, c’était pour se foutre de ma gueule. Si si. Avec talent, même…

Avec une ironie cinglante, ce héros de la radio d’état, me « remerciait de ma missive de dénonciation », de lui « ouvrir les yeux sur les agissements honteux de sa collaboratrice », etc… Une belle lettre, bien écrite, pour laquelle il avait pris le temps d’utiliser tout son bel esprit bien afuté. Si seulement, il avait pu utiliser ce temps pour recevoir lui-même l’un des nombreux petits jeunes qui cherchaient du boulot…

J’ai été un peu sidéré de cette réponse, autant le dire. J’ai longtemps gardé cette lettre avec l’envie de la lui faire relire 20 ou 30 ans plus tard. Ca m’a passé. Inutile de se fabriquer soi-même un ulcère.

A quelques temps de là, nouveau coup de fil. La sécrétaire d’Henri Agogué, à RTL, me fixait un rendez-vous avec son patron qui lui aussi avait reçu ma petite cassette faite à la maison. Pas toujours commode, m’a-t-on dit après, Henri. Il m’a reçu, m’a écouté et m’a fait faire une maquette quelques jours plus tard, à 9 h du matin, dans le studio que Maurice Favières venait juste de quitter, avec son équipe et son conducteur du jour. Une expérience inoubliable.

Henri Agogué me convoque quelques jours après. Il avait écouté. Son verdict : « Vous n’avez pas d’expérience. Allez apprendre votre métier sur la FM et on se reverra plus tard. » On se doute que c’est surtout la fin de la phrase que j’ai aimée !

J’y suis allé.

Il m’a fallu 18 ans pour revenir mais je suis revenu, même s’il était parti en retraite entre temps. A RTL, durant toutes ces années, personne, jamais, n’a considéré l’absence d’expérience comme une tare. De cet accueil d’Henri Agogué qui était une sorte de sauf-conduit pour entrer dans le métier, même si c’était par la petite porte, comme une autorisation à postuler encore et toujours à toutes les antennes de France, aux précieux moments passés dans le bureau de Jean-Pierre Lénan, merveilleux et séduisant secrétaire général de RTL qui m’avait repéré et m’accueillait dans son bureau pour des cours particuliers, au bureau/studio de Gaya Bécaud avec qui j’ai passé les séances d’enregistrement les plus drôles de ma vie quand il me répétait, en me faisant faire les promos de l’antenne, qu’ « ils allaient s’habituer à m’entendre » puis aux instants de complicité avec le toujours très élégant Alain Tibola qui m’a jugé prêt et m’a balancé, mort de trouille, sur le Stop ou Encore, sous l’oeil chaleureux de Claude Hemmer…

Deux approches du métier, deux façons de faire avancer le schmilblick. Vous allez rire: j’ai préféré la seconde.

Ah et puis tiens, pour finir en beauté, une dernière anecdote…

Vers 1984, animateur sur TSF 93, j’appelle Philippe Labro pour le recevoir en interview. A l’époque, Philippe est un réalisateur de cinéma fameux, il a présenté le 13 h d’Antenne 2 avec une décontraction et une élégance très… américaines! Il est aussi critique de cinéma à RTL. C’est là que je l’appelle. Je tombe sur sa messagerie et lui laisse un message. Sans grand espoir. Une heure après, alors que l’équipe de la radio est en réunion, la standardiste, sidérée, nous interrompt : « Remy, Philippe Labro, pour toi… » Stupeur dans notre sous-sol de Bobigny… Je file au téléphone, remercie Philippe de me rappeler. J’ai toujours sa réponse dans l’oreille : »Remy, je mets toujours un point d’honneur à rappeler les jeunes confrères qui me laissent un message… ». Confrère ? Vous avez dit « confrère », Philippe ? Grenouille, boeuf, tout ça… Tant pis, je profite.

J'espère juste que je n'avais pas cette chemise-là le jour où il est venu!

Philippe est venu, impressionnant, un peu froid. Première intervention, polie (de sa part), terrorisée (de la mienne, même si j’essaye de ne pas le montrer) et j’envoie le premier disque (je suis sûr que j’ai parlé d’une « pause musicale », terme que je déteste désormais). C’est Ma Jolie Sarah

Patrick Winzelle

Labro sourit, prend mon conducteur. Surprise : je n’ai programmé que des Hallyday, des chansons dont il est l’auteur. C’est mon pote Patrick Winzelle, spécialiste de la chanson française à TSF, qui m’y a fait penser une heure avant l’émission. Labro se déride et me fait une émission géniale.

Détail : dans l’un de ses bouquins autobiographiques où il raconte sa jeunesse, Philippe Labro raconte comment Lazareff lui a fait faire antichambre devant son bureau une journée entière… Oui, une journée. Ah, on est loin des deux heures de Mme F…, petite joueuse de France Inter. Une journée entière où le jeune Philippe Labro, qui n’avait encore rien fait, a attendu le bon vouloir du prince. Il raconte avoir décidé ce jour-là que lui ne ferait jamais cela et qu’il aurait du respect pour les débutants. C’est le même, bien sûr, qui est devenu le taulier respecté de RTL et je me souviens d’une stagiaire morte de trouille qui a vérifié un petit matin au téléphone qu’un Labro-PDG fou de rage était capable de prendre sur lui quand l’équipe de service un peu trouillarde (pardon, les copains, mais l’histoire est véridique!) la lui a balancé dans les pattes.

C’est extrèmement formateur, tout ça. Ca donne à penser.

Et ensuite… choisis ton camp, camarade !

 

Conférence Dimanche 5/2/12

Les webradios, Le Radio ! 2012

Conférence Dimanche 5/2/12

De g à d : Remy Jounin, Sebb Troquier, Olivier Riou & Alexandre Saboundjian

Ce dimanche après-midi avait lieu au Radio ! 2012 une rencontre entre Alexandre Sabjoundjian (CEO Radionomy), Olivier Riou (Hotmix Radios) et Sebb Troquier (Classic & Jazz) que j’ai eu le plaisir d’animer.

Le but était de faire le point sur la situation actuelle et de déterminer si (et quand) il y avait de l’argent à gagn… pardon l’état actuel de l’économie du secteur. Malgré les évidentes connivences entre les participants et le modérateur (ou peut-être justement à cause d’une certaine complicité), on a réussi à éviter la langue de bois et on a pu entendre que, si l’avenir est plein de promesses, ne serait-ce que, comme l’a justement fait remarquer Olivier Riou, parce que l’espace de développement est très large, le présent est encore incertain car le milieu publicitaire n’a pas encore bien pris la mesure de ce nouveau média. On a aussi entendu que ce nouveau support devait être considéré comme complémentaire des radios FM pour les campagnes publicitaires et que les annonceurs les plus importants commençaient sérieusement à y venir.

Toutefois, les avancées dans les mesures de comptage de l’audience, dans la connaissance que l’on a de ses auditeurs (connaissance réelle grâce aux IP et non plus estimation due à un sondage) permettent d’espérer enfin de voir les choses se stabiliser. Alexandre Saboundjian a pris le pari que le printemps 2012 serait décisif.

Dont acte…

elles

Philippe Aubert

Ne me demandez pas le pourquoi de ce billet…
Parce que j’avais envie,
« Parce que c’était lui, parce que c’était… »
Pour vous parler un peu de lui, à vous qui l’avez connu,
Comme à ceux qui n’ont pas eu cette chance.

 

Il faut bien que ça commence un jour…

 

Alors disons que ce fut ce fameux vendredi soir de 1978. J’attendais le ciné-club d’Antenne 2 en m’endormant à moitié devant « Apostrophes » que Bernard Pivot attaquait l’air un peu crispé. J’ai vite compris pourquoi. Le vieux pochtron dont les bouquins se sont si bien vendus grâce à son inconduite du jour, ce cochon de Bukowski était venu sur le plateau, passablement imbibé et accompagné de deux jolies copines pâles, deux bouteilles de blanc (d’Alsace si ma mémoire est bonne) qui finissaient de se réchauffer à côté de son fauteuil.

Pendant que les uns et les autres vendaient leur salade à un Pivot qui faisait semblant d’avoir tout lu, le vieux Charles a sorti son tire-bouchon et commencé à tâter du goulot. Peu de temps après, il tentait de fourrer ses mains sous les jupes serrées d’une bigote coincée qui n’en croyait pas ses yeux… et ne pouvait même pas, pour cause de direct, profiter de sa bonne fortune. Parce que pardon, mais on (enfin, je dis on… Drucker!) nous ressort régulièrement le « scandale » Gainsbourg déclarant « I want to fuck you » à la sublime Witney Houston, mais bon, il avait peut-être picolé, Lulu’s father, mais il n’était pas miro ! Alors que Bukowski… bref.

L’émission (j’explique aux plus jeunes qui n’étaient pas nés, et qui s’en foutent de toute façon parce qu’un abruti de la télé réalité à forcément fait plus de buzz depuis) part un peu en eau de boudin parce qu’il faut finalement expulser de force le SDF de luxe, ce qui lui donne une aura et l’empêche de dire trop d’âneries (d’où une vente qui décolle). Dans la foulée, arrive le dernier journal, présenté (enfin disons plutôt : animé) par Gérard Holtz. Un gégé tout minet, cheveux longs, pas encore buriné pas des années de piste… et hilare ! En effet, son studio d’info ayant, nous explique-t-il, pris feu quelques instants plus tôt, il en est réduit à présenter son journal depuis le studio des speakerines! Et comme il dit avoir assisté à la panique chez Pivot, il est mort de rire. Ne me demandez pas quand il écrit son JT. Bref, on le retrouve dans le studio des speakerines et…

3 des plus célèbres speakerines de la tv

Comment, Jeune? Ah, alors… Speakerine… 

Comment dire, et bien vois-tu, c’est une espèce de demi-femme éteinte depuis. Oui, demi, j’y tiens. Des femmes-troncs chargées de présenter les programmes avec tact et élégance. Des êtres à la coiffure souvent improbable, aux bras croisés et sans jambes. Si si, je t’assure, sans jambes. Une fois, l’une d’entre elles a-t-elle eu l’outrecuidance de se les laisser pousser. Que croyez-vous qu’il arriva? Qu’on les lui coupa? Non (on coupe les pattes chez le coiffeur tout au plus mais même Laurent Romejko vient négligé dans le poste maintenant, tout fout le camp!) Non, on la vira, immédiatement. Nul en France n’ayant dû imaginer qu’elle pouvait posséder des genoux! Ah mais oui, jeune, on savait rire, dans la France de Giscard! Il y avait même un ministre chargé de tout ça. Il s’invitait de lui-même chez Zitrone pour présenter la grille de rentrée ! Mais ceci est une autre histoire.

Gérard Holtz

Revenons à notre gégé qui nous présente avec son flegme (et ses approximations) habituel(les) une erzatz de JT quand, subitement, le logo (ignoble et) tarabiscoté de la chaîne accroché à un clou derrière lui sur le décor comme le portrait de l’oncle Emile dans la chambre de votre grand-mère, se détache et s’écroule derrière lui dans un fracas qui lui fera mimer de façon prémonitoire la trouille de BHL en visite dans Sarajevo à l’écoute d’un bouchon de champagne… Bref, on retrouve notre gégé natio accroupi devant la caméra, les bras sur la tête, heureusement rapidement suffisamment mort de rire pour abandonner définitivement toute véléité de journalisme sérieux.

Logo Antenne 2

Je n’ai aucun souvenir du film programmé ensuite dans le ciné-club d’Antenne 2 (raison pourtant, qu’on s’en souvienne, de ma présence devant l’écran) mais, à ce moment-là, j’avais déjà passé une bonne soirée.

Et cette bonne soirée, j’ai eu très envie de la revivre grâce à la verve de celui dont, depuis déjà quelques temps j’appréciais les chroniques dans l’excellent magazine de Pierre « Bonsoaaar » Bouteiller, sur France Inter en fin de journée, je veux parler de Philippe Aubert. Donc, le lundi suivant, me voici dès 18 h, à l’écoute de la radio d’état et, ô bonheur, Bouteiller en vacances a laissé les clés à Philippe qui va animer toute l’émission. Et, comme je l’espérais, il attaque bille-en-tête sur la soirée du vendredi d’Antenne2 avec cette verve et cette gouaille qui font que l’épisode, déjà connu, gagne encore en drôlerie quand c’est passé par le prisme de son esprit. Oui, racontée par Philippe, l’histoire, juste parce que c’est lui qui la narrait, prenait encore plus de relief. Sauf que…

Sauf que, au bout de quelques minutes d’émission, c’est le blanc à l’antenne. Moi je suis dans ma première voiture, je n’ai pas toute confiance en mon autoradio et c’est le service public quand même. Je teste… RTL et Europe sont bien là. Sur la fréquence d’Inter, rien. Du blanc, interminable. Mais du beau blanc, vous voyez, de ceux que nous prodiguent les meilleurs émetteurs, bien réglés, quand aucune modulation ne leur parvient. Il se passe bien 2 à 3 minutes, une éternité, donc, avant qu’une ignoble muzak de prisu envahisse ma bagnole. Tiens, un fonctionnaire de la régie finale s’est réveillé et a fait tourner le secours prévu et calé sur une platine depuis que le président Lebrun a inauguré la Maison de la Radio! Se passent encore quelques minutes dans une ambiance digne d’une vente flash d’un Monoprix de banlieue qui n’a pas les moyens de s’offrir les services de Gilles Tessier et, dans un shunt un peu pourri, mon Philippe revient, un air de grande hilarité ayant remplacé dans sa voix son ton humoristique so british habituel, nous expliquant qu’on ne devrait jamais se moquer des petits camarades car, quand nous avions été assailli par le blanc à l’antenne, lui-même s’était retrouvé plongé dans le noir le plus complet, le studio ayant été disjoncté par une main maladroite (aujourd’hui, on parlerait aussitôt d’attentat mais on n’avait pas ce genre de parano à l’époque) et néanmoins anonyme.

J’étais alors étudiant en sciences éco pour une raison qui m’est encore aujourd’hui un peu obscure puisque je savais déjà depuis plusieurs années que je voulais bosser en radio.

 

En 1987, Europe 2 va commencer sa deuxième année d’existence, j’attaque ma deuxième saison de morning.

 

Oui, Jeune, quoi? Ah oui, oui bien sûr… Alors Europe2, comment dire…? Europe2 était un réseau national qui marchait très bien avant que des stratèges de haut niveau en fassent Virgin Radio. Si, jeune, ça existe, Virgin Radio, je t’assure. Enfin, à l’heure où j’écris ces lignes, ça existe toujours. Bref, Europe2, donc…

J’ai obtenu de haute lutte de ne commencer qu’à 6 h du matin (contre 5 h l’année d’avant alors que j’animais aussi les nuits du week-end sur Europe 1!). Je serai bientôt viré de mon petit boulot à la maison-mère, tandis que « le programme magique » va commencer à sortir de l’anonymat pour devenir « le programme Europe 2″. Le matin, j’aère en grand le studio qui a connu les excès de la nuit, pour chasser des odeurs que je vous laisse imaginer multiples et (a)variées… J’entends encore, de l’autre côté de la cour, le réalisateur du morning d’Europe 1 (« Jounin ! Baisse ta musique !!! »)… Eh, je fais un morning de 3 heures, aux multiples décros-raccros, tout seul. Merci de me laisser me débrouiller pour rester éveillé, hein? Et donc, pour cette rentrée, on m’apprend que je vais avoir la visite quotidienne de Philippe Aubert (!!) qui, après sa prestation chez les grands, viendra faire le kéké chez nous, avec moi. Il y aura la chronique télé mais il y aura aussi ses mémorables chroniques sur les femmes.

Ainsi, comme ma mère le jour où elle a entendu Mme Soleil me dire « Bonjour Remy » sur Europe1 (sans imaginer une seconde qu’elle avait enregistré ça sans me voir ni savoir qui je suis) s’est dit que, finalement, j’allais peut-être réellement en faire mon métier, c’est sans doute grâce à cette complicité quotidienne avec Philippe que je me suis senti enfin passé de l’autre côté du miroir.

Il y aurait sans doute des milliers d’anecdotes à raconter sur ces petits bouts de bonheur quotidien, pour nous, les jeunes de la FM, comme pour lui, me semble-t-il, qui se ressourçait avec nous. Philippe apportait chaque matin sa bonhomie, son humour indestructible, son culot monstrueux et, en même temps sa formidable élégance. Je revois très bien l’entrée majestueuse de Philippe dans notre rédac tout au bout du couloir, où tous ceux qui se levaient tôt l’attendaient avec impatience. Ca devait même pousser ceux qui font des horaires normaux à ne pas arriver trop tard. Il y avait presque une légère forme de jalousie entre « eux » qui l’accueillaient pendant que je gérais l’antenne au fond du dernier studio tout au bout du dernier couloir et le retenaient jusqu’au dernier moment et moi qui étais le seul à partager cette complicité quotidienne à l’antenne mais qui devais attendre qu’ils le libèrent enfin. Ridicule? Bien sûr, mais symptomatique de la puissance de sa présence.

Très rapidement, car c’était un homme respectueux des autres, il a voulu que je fasse plus que le lancer chaque jour. Nos échanges sont devenus un show en soi, autour du thème qu’il avait artistiquement ciselé. Il y avait comme une sorte d’émulation dans nos échanges et il n’a sans doute jamais imaginé comme c’était valorisant pour moi qu’il accepte, voire, provoque ainsi la joute. Non que la différence d’âge fut énorme. Mais la différence de métier, de talent, évidemment. Pourtant, je ne lui servais pas la soupe, non mon rôle était plutôt celui d’un sparring-partner chargé de prendre des coups (mais protégé quand même) pour la gloire de son champion.

A une époque, Philippe avait posé la règle suivante: en arrivant en studio, il me dictait le lancement et la relance. Mais il ne me disait rien du sujet. Et, très rapidement, il a pris l’habitude de me faire dire une relance à laquelle il pouvait objecter un truc du genre: « mais non Remy, vous n’y êtes pas du tout… ! », me faisant (gentiment) passer pour une andouille. Alors, je suis rentré dans le jeu et je me suis mis à improviser sur cette relance, l’obligeant – lui aussi – à partir en impro alors que tout était précisément écrit. Qui d’autre aurait pu accepter de bonne grâce d’être ainsi déstabilisé et de se mettre en danger? Au contraire, Philippe a pris encore plus de plaisir à cette deuxième partie, en raison évidemment de l’acuité d’un esprit qui fonctionnait suffisamment rapidement pour me laisser encore sur place. Cette dynamique entre nous fonctionnait et elle plaisait. A une époque, certaines stations locales enregistraient ce moment pour le rediffuser plus tard dans la journée.

Je me souviens aussi du jour où nous avons invité Philippe à être la « star » du Programme de Star, que j’animais le dimanche, avec le Top Album. Un Philippe en roue libre totale, ravi d’être là, hilare et hilarant. Mais on a a arrêté l’enregistrement au bout de 20 mn et réécouté (à ma grande fierté, c’est moi qui l’ai voulu, pris d’un doute). L’émission était un immense private joke, l’un et l’autre rigolant des blagues pas encore lâchées mais déjà pressenties et déjà répondues! Une sorte de duo tourrettien pour autant que ça soit possible. Heureusement, ce n’était pas du direct. Et pour moi, rudement formateur.

Nous connaissons tous, dans ce métier, de ces chroniqueurs ou invités, plus ou moins people, dont l’interview nous laisse épuisés car il a fallu en permanence garder le contrôle d’un vaisseau que l’autre veut vous ravir juste pour vous prouver que, s’il a plus de notoriété que vous ben y’a une raison, tout ça… On pourrait balancer des noms, mais ce serait l’objet d’un autre billet. Car Philippe n’en serait jamais. Philippe était d’abord un être délicieux et j’ai vécu sans le comprendre alors des moments magiques, grâce à lui. En fait, la différence que je voyais entre nous (et qu’il ne mettait pas, lui), l’admiration que je lui vouais, a occulté à mes propres yeux la naissance d’une amitié.

Des années plus tard, après un voyage compliqué, j’arrive directement de Roissy pour animer le morning de Chérie FM. Je viens, pour la première fois de ma vie, de passer une semaine à New-York. Mes yeux sont encore pleins d’étoiles et d’angles droits, l’odeur du Roosevelt Center, les fumées des égouts dans China Town et la grâce de Joana Lumley (en repos d’Ab Fab) croisée sur la 5ème Avenue sont autant d’images qui m’enveloppent totalement quand un délicat personnage me demande: « Tu l’as connu, toi, Philippe Aubert? ». Moi, pris de court : « Oui… ». « Ben il est mort hier. » Délicat, je vous disais…

Inutile de vous dire que mon kaléidoscope interne a volé en éclat. A mon licenciement d’Europe2 (effectué en un quart d’heure avant la fin de ma tranche parce que le chef avait un déjeuner… en ville), Philippe m’avait invité à boire un coup au Café Mode (qui ne s’appelait pas encore comme ça à l’époque mais dont la terrasse était déjà la plus proche de la radio côté soleil). Puis nous étions restés en contact, nous téléphonant de temps à autres. A l’époque, mon fils (qui ne savait pas grand chose de la profession, c’est son excuse) voulait devenir journaliste (toutes les bonnes familles ont leurs secrets douloureux…). Philippe l’avait pris sous son aile, il appelait à la maison et lui filait des devoirs, un papier à faire sur tel ou tel sujet. Ils ont aussi parlé de Sciences Po. Je me demande si les conseils et anecdotes de Philippe n’ont pas poussé mon fils a être l’emmerdeur qu’il a été pendant ses 3 ans rue des Saints-Pères…

Parce qu’il n’avait pas sa langue dans sa poche, Philippe. Sa manie des surnoms, par exemple, lui a sans doute coûté très cher et je ne m’étendrai pas sur ce qu’on lui a fait vivre professionnellement, sachant ce qu’il vivait personnellement… Les gens de radio ont intérêt à avoir le cœur solide, Harold Kay dont j’avais tant aimé tellement les visites le samedi et le dimanche matin à 4 h 45 alors que je finissais et qu’il allait démarrer me l’avait déjà démontré, à ses dépens.

Donc, des coups de fil, irréguliers, l’envie de se voir, toujours repoussée, le temps qui file, l’éloignement, la galère, la vie privée qui mine et je n’ai jamais eu le temps de dire à Philippe ce qu’il représentait pour moi, pour nous, l’autre génération. Il ne se passe pas beaucoup de jours depuis sans que j’ai une pensée pour lui. « Son trou dans l’eau jamais n’se referma » chanterait à peu près Brassens et c’est clairement ça. 

Et comme si j’ai illustré ce billet avec la plus moche des couvertures de bouquin jamais inventée (franchement Philippe, un T-Shirt Batman pour rencontrer Elle McPherson, ton idéal féminin???), c’est pour mieux m’offrir le plaisir de sa dédicace ou Philippe parle de « complicité »… et d’amitié.

 

Edit Juillet 2012 : Philippe Sage m’a fait la grande joie de m’envoyer ce moment volé de 1989, alors que nous enregistrions la promo du « Programme de Star » de Philippe Aubert. Pour le bonheur de réécouter sa voix.

Avant de venir s’encanailler chez nous, Philippe officiait dans la maison-mère. Ecoutez-le avec Jérôme Godefroy et Jean-Claude Laval, en 1986.

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DSK/Diallo, les affameurs de la Corne de l’Afrique

Urgence Somalie

Les deux grandes stars de l’actu, en ces temps troublés, viennent de s’affronter dans le plus beau combat de menteurs depuis la dernière présidentielle.

De DSK/Diallo, qui a raconté le plus de craques, on ne le saura probablement jamais. Et non seulement, au fond, on s’en fout, mais en plus, finalement, ça fait plutôt plaisir de voir qu’il y a encore des couples de gentils français qui s’en sortent plutôt bien malgré la crise et que cette histoire répugnante n’aura malgré tout pas ruiné. On n’a pas particulièrement l’impression que DSK et Mme Sinclair vont devoir réduire leur train de vie pharaonique et c’est tant mieux pour eux, et pour nous, ça entretient l’espoir !

Par contre, Mame Diallo (Affissatou, pas Rokaya !), son magot découvert va en prendre un coup, à mon avis, parce que son pitbull d’avocat, va bien falloir qu’il se rattrape ! Bref…

Pendant qu’on amuse le bon peuple avec ces péripéties pas ragoutantes, on fait semblant de faire de l’info en nous disant qu’on ne sait pas où est passé cette crapule de Khadafi (quelqu’un a vérifié s’il n’y a pas une tente plantée récemment du côté des Champs-Elysées, des fois ?), on zappe tranquillement les enfants qui meurent de faim dans la Corne de l’Afrique.

A l’exception notable de RFI qui se souvient que l’Afrique existe (et souffre) à notre porte, le reste n’est que panem et circences (de plus en plus de circences d’ailleurs, vu le prix du panem désormais !).

Et là, bizarrement, ben des sous, y’en a plus. Pour sauver les banques et les bonus des traders, il y en avait. Pour accueillir Khadafi et Bachar El Assad en grandes pompes, il y en avait. Pour acheter le ralliement de Tapie, il y en a eu. Mais pour l’Afrique, rien, que pouic, nada. Il n’y a pas que chez nous, notez bien. Tiens, avec le prix du 2011 Spanish Pope Tour, on en aurait nourri combien, des gamins? Mais non, on fait des choix. Et on fait des promesses de dons. Oui, comme au Téléthon. C’est tout. Si j’ai bien entendu, la France a promis (promis !) une dizaine de millions d’€. Ouaip. Contre 245 à Tapie. Ouais, ça me fait râler. Eh, j’ai le droit, c’est mon pognon!  D’autant que la France, c’est toujours celle qui professe que les « promesses n’engagent que ceux qui y croient ». Et que d’ici à ce que les millions prévus servent finalement à la rallonge des travaux de ravallement de l’Elysée (on a budgèté la nursery?)…

Alors aujourd’hui, comme je me paye un peu de pub pour faire venir d’éventuels clients sur ce site, comme j’en ai, du coup, un peu augmenté l’audience, j’en profite pour mettre des liens vers l’Unicef et Action contre la Faim, comme j’ai rentré le message de soutien à l’Unicef sur mes webradios. Parce que je me tamponne de savoir à qui on donne et qui va le faire mais il faut bien que quelqu’un le fasse, ce boulot. Et puisqu’on a filé l’argent de mes impôts à Nanard, ben j’ai aussi envoyé un chèque (oui parce que jouer les donneurs de leçon, même si ça se fait beaucoup dans nos métiers, ce n’est pas trop mon truc).

J’aurais préféré qu’on le fasse avec mes impôts, je suis trop niais, hein ? Indécrottable, j’vous dis.

Radio Brassens

Radio Brassens

En 1985, grâce à Michel BriRadio Brassensllié, alors Directeur des Programmes d’Europe 1, je mets enfin les pieds rue François 1er. Grâce à lui, je vais boucher des trous, animer des nuits, faire des « Europe Stop » sur les bords de route, lancer « Sacco » depuis le Mexique (pour la Coupe du Monde de Foot), remplacer Jean-Loup Laffont sur le 5/7, etc…

Puis, à la même adresse, il y aura le lancement d’Europe 2. A l’époque, pour ce nouveau programme, je touche à tout. Et je suis notamment chargé de dupliquer des cassettes. Le seul appareil de la maison est dans le petit corridor qui mène au bureau de l’être le plus charmant du monde, et qui pourtant m’impressionne beaucoup.

Claude Wargnier, alors directeur technique d’Europe 1, l’oeil pétillant, compétent, séduisant, drôle, est installé là, à côté de la photo (pas encore si fameuse) de la rencontre Brel/Ferré/Brassens et on raconte qu’il était là, qu’il était ami de Brassens. Pour les gens de ma génération (ceux qui les ont vus à la télé tous gosses mais les ont loupé sur scène), c’est juste mythique.

25 ans plus tard, alors que, pour mon plus grand plaisir, j’ai recommencé à travailler avec Michel, voilà qu’il m’apporte sur un plateau le projet Radio Brassens. Et c’est ainsi qu’après des mois de réflexion, nous l’avons mise en ligne et que mon nom se retrouve accolé à celui de ces deux grands pros.

Et je n’en suis pas peu fier !

bbdollar

Le bénévolat, c’est pas rentable.

Depuis 30 ans, des dizaines de bénévoles se relaient auprès des enfants hospitalisés à l’hôpital Armand Trousseau de Paris. Le but est de leur permettre de se changer les idées, de jouer, de rire, car cela fait aussi partie de la guérison.

Parmi ses différentes activités, l’Association des Amis de Trousseau, a organisé une radio, pionnière en France : Radio-Trousseau. Cette petite radio a son studio dans l’hôpital et, quotidiennement, depuis 1994, des bénévoles, ados, encadrés par des adultes, viennent animer des émissions pour et avec les enfants hospitalisés. Tout ça est diffusé sur un canal interne de la télé, par le biais des postes offerts dans les chambres par l’association. Pour ma part, c’est à la lecture d’un article d’Anne-Marie Gustave dans Télérama que j’ai décidé de les rejoindre. Je venais d’être lourdé d’Europe 2 par un caribou qui sévissait alors dans les radios françaises et je n’avais pas encore rebondi à Chérie FM. Le projet de Radio-Trousseau était bancal, le studio bricolé par des prétendus pros qui ont depuis disparu du métier (sans nos sous, heureusement) mais l’idée était fumeuse. Et j’ai amené du monde, des amis, des collègues, des gens du métier, qui ont pris du temps, beaucoup, pour encadrer ces dizaines de jeunes, lycéens, étudiants qui, plusieurs fois par semaine, sont venus animer des émissions avec les enfants hospitalisés.

Moi, je réalisais leurs émissions, je les formais à la technique, je leur donnais des trucs pour s’amuser au micro avec les enfants et je jouais au responsable technique (moi qui défaille devant un fer à souder, c’est comique !), webmaster, livreur, déménageur, etc…

En l’absence du direct, nous avons bricolé un programme automatisé puis Baptiste, qui l’avait créé, nous a offert Easyradio. C’est Hervé Langlois, pâtissier fan de radio, papa de 3 petites filles, qui s’occupait bénévolement et avec beaucoup de talent de la programmation, après l’avoir fait à Radio Ambroise Paré (que j’avais largement contribué à créer). Finalement, j’ai croisé la route de Radionomy au Radio et nous avons créé Réglisse, webradio pour petits enfants, qui émettait sur le net et était notamment repris sur canal interne de Radio-Trousseau et que les enfants pouvaient retrouver chez eux, parfois entre deux hospitalisations. Hervé, quant à lui, pouvait rester à la maison pour programmer tout en s’occupant de ses filles, et d’autres radios d’hôpitaux pouvaient se greffer aussi sur le flux, comme à Bordeaux.

Brusquement, Radionomy a changé unilatéralement sa règle du jeu et décidé que nos radios devaient répondre à un minimum d’audience, calculée d’une manière assez obscure via les IP, refusant dans le cas précis de considérer qu’une IP représentait tous les postes de télé de l’hôpital banchés sur le canal interne de la radio. Et, de ce point de vue, Réglisse n’était pas « rentable ».

Comme d’autres sociétés « citoyennes », Radionomy aurait pu choisir de participer à notre travail, comme l’ont fait AXA, en nous aidant à acheter du matériel, RTL, en nous offrant des disques, Broadcast Associés, en nous fabricant un magnifique studio « broadcast » à des tarifs particulièrement adaptés, etc… Même la Sacem soutenait ce projet depuis la création en 1994.

Mais non, Réglisse n’était pas « rentable » et, malgré mon appel au civisme, à la solidarité, Radionomy a coupé le flux. C’est vrai, d’ailleurs, les enfants malades, ça n’est pas rentable, bande de petits cons, vous savez combien vous coûtez à la société? Les enfants hospitalisés l’été, loin de leurs parents, ça n’a pas d’intérêt économique quand on a un loyer à payer rue de la Paix.

Le silence, grâce à Alexcandre Saboundjian et son équipe de choc, est donc de retour et ce, début juillet, au moment où les bénévoles sont moins nombreux, moins présents auprès des enfants.

Ce n’est pas un drame. Mais ce n’est pas joli joli non plus. Juste assez représentatif de l’époque. J’avais déjà connu un fameux animateur de télé, une (momentanée) directrice des programmes de télé, voire une éphémère chroniqueuse d’une grosse radio, qui ont tenté de s’approprier le projet après y avoir mis 3 fois les pieds (souvent suivis de caméras et autres paparazzi officiels)… Non, pas très appétissant, c’est sûr. Mais avec le temps, on en rigole. On ne m’avait pas encore fait le coup (plus honnête, au demeurant !) du pas rentable… (*)

En attendant, malgré le temps « perdu » pour aider les enfants de l’hôpital, mes amis de Broadcast Associés n’ont pas déposé leur bilan et leurs affaires vont bien. Celles de Radionomy,… on verra bien.

Comme je suis plutôt positif de nature (malgré ce que certains appellent, avec beaucoup de mauvais esprit, mon mauvais caractère), je sais que je retiendrai au bout du compte de l’aventure de Radio-Trousseau qui perdure, l’abnégation de tas de gens, la découverte émerveillée du bénévolat par des dizaines d’ados formidables et des tas de moments merveilleux avec les enfants, pas les petits soucis mesquins.

C’est ce qui compte !

 

(*) Pour ma part, toutes ces années, je n’ai accepté que 4 interviewes. La première sur le Mouv’ parce que Marc Garcia avait insisté (et que celui qui savait lui refuser quelque chose…), les autres, sur Le Monde 2 et RFI, en ne laissant mentionner que mon prénom. Et il y a eu un rapide passage dans « Les Grosses Têtes », mais là, je faisais partie de la maison.

Video (toujours pas) killed the radio star…

C’était la nouvelle de la semaine : la RNT débarque à Lyon, on va voir ce qu’on va voir et rugir de plaisir (je sais, désolé).

Annoncée sur le Net, reprise sur Facebook, renvoyant sur un site magnifique tellement officiel qu’il est créé par un marchand de ce matériel dont personne n’a que foutre… Bref.

Que ne nous a-t-on seriné sur les bienfaits de la RNT à la française (comme d’habitude, tout est dans ce « à la française » !) !? Qu’on allait avoir des données associées !
- Des quoi ?
- Des données associés, lamentable béotien !
- Ca sert à quoi vu qu’on interdit le RDS défilant ?
- Cuistre anti-progrès ! Ca donne la météo, l’heure… Les pochettes des albums !
- Non, les pochettes des albums ?
- Voui.
- Sans rire ?

Eh oui, on modernise la radio, on la numérise… pour montrer les pochettes des albums. Et ça à l’époque où la musique se dématérialise, où – en français simple – on achète plus de fichiers audios que d’albums… dans leur pochette. C’est pas du up-to-date, ça ?

- Mais tu es de mauvaise foi, Remy ! (bon, ça s’est vu) La RNT sert aussi à multiplier le nombre d’opérateurs !
- Ah chouette, les radios existantes n’arrivent pas toutes à vivre mais on va les multiplier…

Et ainsi, dans cet exemple de modernisme « à la française » (voir plus haut), on a vu que ce qu’on a vu. Grâce à cette expérience de RNT, les Lyonnais (à condition de s’équiper d’un nouveau poste de radio évidemment) vont recevoir… 15 radios ! Si si, vous avez bien lu.

Faut vraiment commenter ? Ou certains, que je ne citerai pas mais suivez mon regard torve, se foutent un peu de nous ?

Au passage, pendant ce temps-là, mon ami Michel Brillié vient de faire un truc essentiel qui, s’il ne va pas révolutionner le monde de la radio, fait un bien fou à nos oreilles. Il a créé Radio-Brassens. Ca veut dire que, quelle que soit l’heure, quel que soit le jour, quelle que soit notre humeur, il y a moyen de revenir quand on veut, à l’essentiel : Brassens.

Et là, la webradio est irremplaçable. Pas besoin, pour l’instant du moins, d’inventer un nouveau tuyau pour enrichir des marchands. On va sur www.radiobrassens.com, on trouve un pauvre site web tout simple (eh, je sais ce que je dis : c’est moi qui l’ai fait!) et on écoute Brassens qui chante, qui parle, qui râle, qui est chanté par d’autres, etc…

Et ça, ça fait vraiment du bien. Essayez, vous verrez.

D’ailleurs, l’idée n’est pas neuve. Sur le portail Radionomy, la radio la plus écoutée a longtemps été Radio Mozart. L’avantage, c’est qu’on n’a pas trop à se casser la tête par rapport à la promesse ! Alors oui, bien sûr, Mozart, Brassens (et peut-être demain Renaud ou Coluche…), ce sont des niches. Et c’est pour ça qu’on ne demandera pas au support (le web) de venir tuer ou remplacer le précédent (la FM). Ils se complètent, c’est tout.

Malgré tout, pour l’instant, elle est où la radio numérique ? A Lyon ? Ou sur mon lecteur numérique (ordi, smartphone, radio wifi, psp, etc…) ?

Oui, il me semble bien aussi.

 

 

 

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La Radio de la Mer, Histoire d’un rendez-vous manqué

Depuis des semaines, des messages plus ou moins fielleux fleurissent sur une libre-antenne réservée aux « professionnels de la profession ». On y a même publié récemment comme une participation de ma part à un « forum sur les radios en Bretagne » (sic) ce qui était en fait une réponse envoyée à un auditeur, apparemment bidon. Pour quelle raison une aussi petite radio déchaîne-t-elle autant les passions? Voila une question à laquelle je n’ai pas la réponse (en un mois, cet article a déjà été lu plus de 80 fois). Mais, pour répondre à ceux qui se posent de bonne foi (les autres peuvent passer leur chemin) la question de l’absence de programme depuis début 2011 sur La Radio de la Mer, voici quelques précisions.

Au début était le chaos…

Une première équipe, après avoir porté (sans doute trop) longtemps un projet, se voyait en mesure de le concrétiser, mais dénaturé.

Perdue, cette équipe tente tous azimuts de faire rimer ses fantasmes avec la réalité. Mais la radio rêvée en AM sur Paris ne trouve pas son public en émettant en FM sur les côtes nordistes et ouest du territoire.

Alors, les marchands entrent dans le temple. C’est du moins ainsi que l’on vécu quelques intégristes de la première heure. Je ne reviendrai pas ici sur les désillusions qui furent les leurs. Oui, leur programme était original. Mais les faits et les chiffres sont têtus et les quelques fans indiscutables qu’ils avaient accrochés ne leur ont pas permis de mettre du fuel dans la chaudière du navire.

La belle année…

Alors arrive le Groupe Contact qui m’en confie la direction des programmes, puis la direction tout court et c’est la mise en place de mon programme. On va nous traiter de tous les noms, nous mépriser, nous souhaiter d’aller dans le mur. Pourtant, je l’ai déjà dit : dans la mesure du possible, ce sont les idées de Jean-Michel Brosseau, que je tente de mettre en musique, dans une musique commerciale, facile à écouter, séduisante et rassurante, avec l’aide de David Batiste qui fabrique le format musical.

Et ça marche, ça prend. Mais ça coûte cher, et c’est difficile à vendre pour des gens qui ne sont pas installés localement et ont l’habitude de la musique de jeunes.

Juillet 2010, les chiffres sont formels, La Radio de la Mer décolle. Ca y est, les acteurs locaux nous connaissent, nous prennent au sérieux, nous proposent des partenariats. Les « voileux » sont ravis de participer, les invités prennent l’habitude du chemin de notre studio… (Que n’a-t-on entendu sur le fait que le studio est à Paris !!!… C’est-à-dire pile à mi-chemin entre Dunkerque et Les Sables d’Olonne, et là où nos invités passent souvent ou sont basés !)

Au Radio 2010, la Radio de la Mer est 3ème radio régionale de l’année, à la surprise générale. Autre signe qui ne trompe pas : les visites sur le site internet de la radio ont explosé, nous plaçant en 50ème position des 127 radios du GIE des Indépendants, entre des radios dont l’audience hertzienne officielle est bien plus élevée que la nôtre, ce qui prouve à quel point, notre radio « vaut » déjà beaucoup plus que le score officiellement trouvé fin juin par Médiamétrie (qui, signalons-le au passage, ne sonde pas 3 de nos 8 fréquences !). En novembre, je suis au milieu des patrons des radios du GIE des Indépendants et tout le monde connait La Radio de la Mer. Un concurrent direct me dira : « C’est un beau produit. »

Le commencement de la fin…

Mais, la régie du Groupe devant la Radio de la Mer, c’est toujours une poule qui a trouvé un couteau. Or, la crise est là, les autres investissements de l’actionnaire principal ne lui ont pas réussi et le mot d’ordre est de baisser les coûts à tout prix. Je rogne, je jongle, je déplace ceci, j’invente des cache-misère. A la rentrée de septembre 2010, alors qu’on m’a demandé de me passer d’un poste, je joue tellement avec mon budget que j’arrive tout à la fois à satisfaire mon actionnaire et à ajouter tout de même une tranche dans la grille, pour étoffer le programme. Mais les difficultés techniques sont là, il faudrait investir pour repartir et la décision tombe : Contact jette l’éponge et tente de vendre la radio.

L’agrément du CSA se faisant attendre, une partie des CDD arrivant à échéance fin décembre 2010, l’actionnaire a décidé de ne renouveler aucun de ces contrats tout en insistant bien sur le fait que l’équipe a rempli son contrat et a fabriqué une belle radio.

Alors voilà pourquoi, en ce début d’année 2011, il n’y a plus que de la musique à l’antenne, en attendant la décision du CSA.
Quelle que soit cette décision, d’ailleurs, la Radio de la Mer que certains commençaient à aimer, n’existe plus. L’équipe est dispersée : David Dumont, le rédacteur en chef et cheville ouvrière de la radio est à Rodez, Pauline Rossignol à Compiègne, les autres se recaseront rapidement.

A tous, il restera de beaux souvenirs car, comme l’a joliment dit Michel Brillié, le plus jeune des retraités de ce milieu, qui nous a fait l’honneur d’être notre mentor dans cette aventure, ce fut une « belle histoire de radio et d’amitié ».

De gauche à droite : RJ, Samir Mathieu, David Dumont, Céline Da Costa, Stéphane Mallard, Joris Herda, Pauline Rossignol & Alexander Hénon

(Mise à jour, mars 2011) Le CSA a rendu son verdict. La radio change de mains et d’orientation. A lire ici.

(2ème mise à jour, mi-avril 2011) Je suis installé dans les locaux de Oui FM, le temps pour moi de passer le témoin au nouveaux propriétaires. Les émetteurs ont redémarré, les premiers décros La Radio de la Mer – Programme Oui FM ont lieu tous les jours de 9 h à 13 h.

(3ème et dernière mise à jour, 8 juin 2011) Ma mission est terminée. Je quitte la Radio de la Mer en bonne intelligence avec Oui FM.

Télérama 1991

Souvenirs, souveniiiirs…

En vrac, quelques photos et coupures de presse…

Télérama 1991

Télérama 1991

Et pour commencer, le morceau de bravoure avec le bien joli article que m’avait consacré Anne-Marie Gustave dans Télérama (version pdf en cliquant sur : RJ_Telerama1). Ca avait continué, sous la plume de la même, avec ça, quand je suis arrivé à Chérie FM :

Télérama 1994

Ca, je ne sais plus du tout d’où ça vient, mais en anglais, ça le fait toujours !

La plus ancienne photo de ma collec’… Ca doit être dans les premiers jours de TSF 93.

Bobigny, dans un sous-sol en 1982.

TSF 93, Bobigny

Dans les années 90, Toute l’équipe de Chérie FM est allée se peler sur les pentes de Serre-Chevalier. J’y ai interviewé Luc Alphand en direct sous la neige. Lui, c’était son élément…

Sous la neige à Serre-Chevalier

Je préférais largement la chaleur des sunlights de la scène du Visionarium de Disneyland Paris. Là, c’est avec l’équipe du Film « Yvan 1, Delphine 0″ (ou l’inverse, d’ailleurs…)

Chérie FM à Disneyland Paris

Un saut en 1998: c’est ma première mission à l’étranger. En 15 jours, je suis balancé quasi à poil au Vietnam. (lire à ce sujet cet article) 24 h de voyage (va savoir pourquoi on passe par Saïgon pour aller à Hanoi), j’arrive décalqué et il me faut un 1/4 d’heure à tout casser pour tomber amoureux de ce pays.

Là, c’est la photo très officielle de l’inauguration de la formation, dans la grande salle de réunion de la radio nationale, avec les dirigeants…

1998, Voice of Vietnam

Puis, la photo de groupe, au soleil sur les marches de l’immeuble de la radio (somptueuse ancienne maison coloniale comme le gouvernement vietnamien aime à les conserver) :

1998 - Voice of Vietnam, l'équipe de stagiaires et la Direction Générale

Enfin, toujours très protocolaire, la remise des diplômes, au bout de 2 semaines de travail acharné :

1998 - Voice of Vietnam

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