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Angel Parra, la Révolution et le sourire

Angel Parra est décédé ce jour, à 73 ans.
L'occasion de me souvenir d'aventures 
pré-radiophoniques...
Angel Parra était le fils de Violetta Parra, grande figure de la musique chilienne. Sa sœur Isabel était l’épouse de Victor Jara, chanteur engagé auquel la junte militaire de Pinochet coupera les doigts pour l’empêcher de jouer de la guitare, avant de l’assassiner, deux jours après le coup d’état du 11 septembre 1973.
Intellectuel, musicien, compositeur, chanteur, Angel mettra sa carrière entre parenthèse pour son engagement politique à l’arrivée du premier gouvernement de gauche, au Chili.
Lors de son accession au pouvoir, le président Salvador Allende utilise les intellectuels qui le soutiennent pour expliquer sa politique au peuple chilien, face aux mesures de rétorsion prises par les USA devant ce qu’elle considère comme une révolte insupportable dans son pré carré sud-américain.
Arrive le coup d’état de Pinochet, fantoche des Américains, et l’assassinat d’Allende. Angel parcourt le pays tandis que s’étend la grève des camionneurs, téléguidée par Washington, ou Langley.
Prisonnier politique de la dictature de Pinochet, Angel Parra, enfermé dans un stade comme des centaines d’autres prisonniers politiques, met en musique la Passion selon Saint-Jean et la fait chanter par ses camarades co-détenus. Il existe un enregistrement réalisé clandestinement puis édité par le Chant du monde, on peut l’entendre en bas de cette page. La légende (corroborée par la suite par Angel) racontait que, écoutant les paroles, les geôliers ont fait rechercher l’auteur, pour le punir.

Libéré puis exilé en France, il monte le spectacle, pour la première fois en tant qu’homme libre, dans l’église de La Courneuve. Le seul enregistrement réalisé alors (en 1980, si ma mémoire est bonne) est ma première tentative d’appliquer mes cours de l’ESRA, mon premier couple stéréo-ORTF. Il y en a eu deux copies seulement, Angel en avait une, bien sûr. L’original est toujours dans ma cave.

 

C’est l’année suivante que, grâce à lui et avec sa participation active, je réalise « Paris Pour Santiago », diffusé en août 81 sur FR3, avec lui, sa sœur Isabel Parra, les Quilapayun en entier, le théâtre Aleph, etc…. Les artistes chiliens exilés à Paris, avec qui nous partageons tant (sauf la langue, en ce qui me concerne) jouent le jeu de bonne grâce.
La salle de spectacle Jean Houdremont de La Courneuve (qui propose à l’époque une programmation extraordinaire grâce à l’énergie de Patrick Winzelle qui la mettra à ma disposition) est transformée en studio de télévision, la tour portant la poursuite devient un immense travelling. Les Quilapayun sont sur scène. Dans le même film (égaré depuis, introuvable à l’INA), Angel et Isabel Parra chantent et parlent du Chili, avec passion, et toujours beaucoup d’humour. On découvre aussi le merveilleux théâtre Aleph, exilé à Paris, lui aussi.
Puis, c’est le retour de la démocratie au Chili, qui nous privera de ces artistes. Certains ont vieilli, certains ont disparu dans d’étranges aventures. Les autres sont enfin rentrés dans ce pays dont ils portaient le deuil (d’où ces costumes noirs que portaient les Quilapayun).
Angel est décédé aujourd’hui d’un cancer à l’âge de 73 ans, réveillant chez moi des souvenirs de chaleur humaine intense, de bien-être ensemble, d’exigence intellectuelle et morale, mais aussi de rires énormes, de volutes de Gitane et d’accords de guitare.
J’ai eu du bol, de croiser un tel personnage.

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